Dépression numéro 12…..

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Elle n’a pas encore de noms car les phénomènes cycloniques ne sont baptisés que lorsqu’ils deviennent tempête. Ce trublion pourrait devenir Karl dans la journée. En plus, il a légèrement dévié de son itinéraire initial et se dirige plein ouest, en direction des Antilles qu’il pourrait perturber genre mercredi prochain. Pas de panique pour l’instant, il est encore loin, se déplace à 26 kms/h, et les vents soufflent à 55 kms/h. Beaucoup moins décoiffant que ce qu’ont connu certaines régions de France hier. Donc, on consulte la carte de http://www.nhc.noaa.gov/ ou http://www.sxmcyclone.com/ , je ne quitte plus numéro 12 des yeux, et on attend que ça se passe…. ou pas.

Septembre est toujours le mois le plus hard de la saison cyclonique qui, bonne nouvelle quand même, se termine dans 2 mois ½. Ouf, on a fait plus de la moitié du chemin. Belle journée !

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La tarte flambée ou ce qui s’y rapproche…..

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Avant de m’évader il y a près de 20 ans pour les Caraibes, j’ai eu le plaisir de passer près de 25 ans à Strasbourg, puis sa région. Un vrai bonheur. L’Alsace est délicieuse. Et la gastronomie fait bien partie de son irrésistible pouvoir de séduction. Une succulente choucroute, la salade mixte, le sublime baeckehoffe, la tarte à la quetsche, les bredele,  les spaetzle sans oublier…….. la Flammekueche.

Mais qu’est-ce que c’est ?

La petite modeste: simple, bonne, adorable et sans chichi,  occupe une place de choix dans la tradition culinaire alsacienne. Avant, j’en trouvais au Lindo dans les produits surgelés (Allez Sandra, fait un effort) mais c’est fini depuis longtemps. Il faut dire que, bizarrement, prisée, plébiscitée par les touristes de passage en Alsace, la Flammekueche ou tarte flambée n’a jamais remporté de succès au-delà de ses frontières. Certains s’y sont essayés et se sont brûlés les ailes. Mais, je voulais faire découvrir sa saveur à mon breton Mimi de mari. Donc, hier, je me lance d’autant plus qu’à défaut de Flammekueche, Lindo propose des pâtes à pizzas. C’est pas vraiment la tasse de thé des puristes, mais ça va le faire.

Donc, vous prenez un rouleau de pâte à pizza que vous retravaillez de manière à avoir la pâte la plus fine possible. En Alsace, on la cuit sur de la pierre ou des plateaux rectangulaires, dans un vrai four à pains ou à pizza. Moi je n’ai qu’un banal plateau rond, normal quoi et un four traditionnel (je pars avec un sérieux handicap). Dans un récipient, je mélange la moitié environ d’un pot de délicieux fromage blanc, la moitié d’un petit pack de crème fraîche, un peu de sel, du poivre et de la noix de muscade. J’émince un bel oignon que je fais suer (mourir comme dirait Tia Dadette) et je tranche en tous petits morceaux 100 grs environ de bon lard fumé (Al Italia c’est le meilleur). Sur ma pâte étalée et perforée à la fourchette, j’étale ma base au fromage blanc, j’y ajoute les oignons et le lard cru, j’arrose d’une cuillère d’huile d’olive et je parsème (éventuellement) de fromage râpé. 35 minutes à four très chaud (280) …. Il faut que la tarte soit bien cuite pour être croustillante.

Et l’on déguste en se brûlant le bout des doigts…. Ah oui, la Flammekueche se déguste avec les doigts chez moi, enfin en Alsace.

Pour une première, c’est pas si mal. ….

Une volée de bois vert.

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En relisant mon papier et l’avalanche de propos belliqueux qu’il a suscité, je me rends compte que j’ai malheureusement égratigné cruellement pas mal de bonnes volontés. J’en suis sincèrement désolée et demande à tous ceux que j’ai pu blesser de m’en excuser. Fini. Je ne mettrai plus jamais mon vilain nez dans les affaires de la commune, me contentant à l’avenir de napper de douceur par de jolis mots onctueux la douceur de vivre à LT. Cependant, il est tout aussi vrai qu’à l’instant où j’écris humblement ces quelques lignes, le nom du maire ne me vient toujours pas spontanément à l’esprit. Faut croire que ma mémoire refuse de l’imprimer. D’autre part, et même si, quels que soient les mots employés, la critique est souvent douloureuse, elle est aussi positive et constructive. En outre, si l’on a tous le droit d’apprécier ou non une situation, on ne demande à personne (sauf à moi) de prouver que l’on peut faire mieux. Je serais totalement incapable d’organiser une manifestation de ce genre, tout comme ceux qui méprisent le jeu d’un tennisman, d’un footballeur, la prestation d’un acteur, d’un chanteur, la cuisine d’un chef….. seraient bien incapables d’en faire autant. Chacun son job. L’idée étant de le réaliser le mieux possible. Voilà, je n’ai pas aimé ce que j’ai vu (en tout cas ne l’ai pas compris), vous n’avez pas aimé ce que j’en ai dit, on est quitte. Je me demande juste pourquoi certains de mes plus virulents détracteurs me demandent d’être amis avec eux sur FB…… serait-ce pour me planter un poignard dans le dos ?

Je supprime définitivement le vilain post de mon blog, histoire de ne pas susciter d’autres polémiques.

Keloke ?

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L’œil bleu, le cheveu blond, une bouille d’ange et un charisme pas possible…. Et c’est pas fini, le beau gosse est aussi charmant, courtois, poli, bosseur, pas con. Thomas fait partie des jeunes gens biens dans leur tête et dans leurs baskets, et je profite de son petit séjour en France pour le dire haut et fort. Depuis un peu peu plus d’un an, il a inventé et créé un super site, un petit bijou rendant d’innombrables services aux résidents et touristes de LT: Keloke (litt. « Qu’est ce qui se passe »). Un design sympa, facile d’accès et hyper complet. On y trouve tout ce qui peut être utile, la météo, les horaires des guaguas, les taxes de séjours, les offres et demandes de co-voiturage, les numéros indispensables, médecins, police, pompiers, ambassade, etc…., les taux de change au jour le jour…. l’actualité mondiale…. Mais aussi les dernières nouveautés du village en matière de boutiques, restos, services….. de jolies images, des infos inédites. Il regroupe aussi les coordonnées et détails sur les meilleurs des artisans et commerçants que compte LT. Ce service est payant pour les chanceux sélectionnés par Thomas pour figurer dans son site, pro de la beauté et du bien-être, du sport, agences immobilières et autres services, boutiques d’exception, artisans…. . C’est qu’il vérifie tout le bougre et faut pas rêver, pas question d’élire domicile dans ses pages si vous n’êtes pas au top. Un sérieux gage de professionnalisme. Bref, vous l’aurez compris, j’adore Thomas et j’adore Keloke, j’y passe à chaque fois qu’un détail me fait défaut. Merci jeune homme de te soucier de notre bien-être.

Un petit conseil, ayez le bon réflexe et allez consulter sa page Facebook Keloke Samana, son site keloke-samana.com et surtout, si vous voulez faire partie des privilégiés qui ne resteront plus dans l’ombre, n’hésitez pas à prendre contact avec lui ….

Thomas Hédoux
Tel. : 809.899.65.61
Facebook Keloke Samanà, Las Terrenas

Et bing, il ne m’a pas raté…..

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Il y a deux ans déjà, une grosse saloperie de moustique tigre avait foncé droit sur moi (si, si je vous assure) et m’avait contaminé grave en me refilant le chikungunya. Près de 8 mois de douleurs, plus pouvoir bouger normalement, chevilles, poignets, genoux bloqués ! Faut dire que je ne suis jamais malade, j’ai rarement des douleurs… mais quand ça vient, ça vient. Et ce qui dure 8/10 jours chez les gens normaux, chez moi ça dure des mois. C’est comme ça. Et bing, il y a environ 2 semaines, tête qui tourne, maux de tête, courbatures….. bof ce doit être un gros rhume, j’ai le nez bouché et j’éternue tout le temps….. Puis douleurs au crâne plus forte, les yeux qui sortent de la tête, fièvre permanente de 38,5, douleur atroce derrière les paupières, j’ai l’impression que je vais perdre la vue….. bof ce doit être une grosse sinusite doublée d’une belle conjonctivite…. Je retrouve la dernière ordonnance de Polanco pour me soigner ces bobos pénibles….. Aie, crampes aux intestins, diarrhée, nausée….. bof, Bernadette va me soigner tout ça….. Puis aujourd’hui douleur aux articulations, poignets, doigts enflés, chevilles sensibles, genoux….. zut je ne peux plus me relever…… Ca y est je tilte enfin….. petite vérification google….. je suis un peu lente mais c’est bien ça. Une autre saloperie de moustique tigre m’a foncé droit dessus (si, si je vous assure) et m’a offert sa dernière fantaisie le Zika. Si je consulte la liste des symptômes, je n’ai plus de doute :

« La majorité des personnes infectées par le virus (on estime 70 à 80 % des cas) ne développent aucun symptôme. Dans le reste de la population, les symptômes provoqués par le virus Zika sont de type grippal : fatigue, fièvre (pas nécessairement forte), maux de tête, douleurs musculaires et articulaires dans les membres. A ces symptômes s’ajoutent différents types d’éruptions cutanées. Une conjonctivite, une douleur derrière les yeux, des troubles digestifs ou encore des œdèmes des mains ou des pieds peuvent apparaitre. Dans la plupart des cas, les troubles sont modérés et ne nécessitent pas d’hospitalisation. »

Les symptômes sont similaires au chikungunya, mais celui-là on ne peut l’attraper qu’une fois (ouf) quant à la dengue, une autre délicatesse du moustique-tigre, elle est beaucoup plus violente que le zika et force celui qui en est frappé à rester couché. D’accord, ce n’est pas grave en soi, juste très chiant et invalidant. Voilà, si vous êtes patraques, grippés, douloureux aux entournures, fiévreux, les yeux tout foutus, pensez au zika, il n’y a pas de raison qu’il ne s’intéresse qu’à moi !!!!

Libreville brûle-t-elle ? Regard sans concession d’un expat au premier rang.

Profondément amoureux de l’Afrique où il est né, de son peuple et sa nonchalance, de sa faune et de sa flore, mon ami, Alexandre Houisse, vit depuis quelques années au Gabon. Un job passionnants, des amis chers, un appartement de rêve, des escapades magiques à la rencontre des animaux sauvages qui le fascinent…. pour rien au monde, il ne voudrait quitter son petit paradis de Libreville. Oui mais, la semaine dernière, des événements ont failli tourner au drame, ont tourné au drame pour beaucoup. Alors ont s’est inquiété. On a l’habitude de ses commentaires facétieux, souvent savoureux et de ses photos sublimes sur les réseaux sociaux. Et là, plus rien…. Dès que possible, il nous a rassuré et, en prime, nous a offert ce magnifique billet sans concession que j’ai le grand plaisir de vous transmettre dans son intégralité. Séduits, l’Express et Jeune Afrique ont sauté sur l’occasion de publier son texte mais en en gommant certains passages trop « politisés ». Merci Alexandre pour ce récit à la fois réaliste, poétique, drôle et dur et n’oublie pas de faire attention, on t’aime nous.

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Libreville, quartier aéroport, matin du 01 Septembre.

Le 1er septembre au matin, mes filles font leur rentrée scolaire dans un petit village proche de la frontière Suisse. J’aimerais leur dire un mot, mais les communications ne semblent pas fonctionner. J’écoute RFI et France 24 en boucle. Depuis cette nuit, ils sont mes liens privilégiés avec l’extérieur de la belle concession où je suis réfugié.

J’étais dans mon appartement du centre-ville lorsque, hier après-midi, le ministre de l’intérieur a « enfin » annoncé les résultats de l’élection présidentielle du 27 août. Déserté par l’ensemble de mes voisins, l’immeuble est vide. Depuis ma terrasse, la vue sur le bord de mer et la ville est spectaculaire. L’atmosphère est surréaliste, ce centre-ville habituellement grouillant d’animation est désert. Seul signe de vie, des véhicules de l’armée et de la gendarmerie, camions, blindés, automitrailleuses à chaque intersection.

Une fois la victoire d’ABO confirmée par le Ministre, aucune transition, aucun commentaire, l’écran de la chaîne gabonaise reprend son programme, sur des ours en Alaska me semble-t-il.

Quelques minutes plus tard, je n’ai plus accès aux réseaux sociaux.

Des amis, bien « informés », me demandent pour la énième fois de ne pas rester seul en ville. J’hésite encore, le haut de ma tour est un bon poste d’observation, mais la perspective de ne plus être connecté à l’extérieur ne me plaît pas.

Autre risque, me retrouver bloqué en centre-ville, la proximité du Palais est en général un gage de sécurité, mais le quartier pourrait-être bouclé.

Une heure passe puis l’annonce de troubles en cours au boulevard triomphal, où se concentrent des ministères, le sénat, l’assemblée nationale (qui brûlera dans la nuit) me décide. Je rassemble quelques affaires, je prends mes papiers et je préviens mon hôte que j’accepte son invitation.

Sur la route les voitures sont rares, mais la plupart roulent à vive allure, grillant les feux, une fois n’est pas coutume, sous l’œil désintéressé des forces de l’ordre. Les gens encore dehors sont pressés d’aller se barricader chez eux.

Pour avoir croisé par le passé, une foule en colère, je n’ai pas envie d’être au mauvais endroit, au mauvais moment …

Sur la terrasse de la villa où je viens de passer la nuit, j’observe le parc verdoyant, parsemé d’arbres majestueux, fromagers, flamboyants, tabebuyas, manguiers, frangipaniers et j’en passe. Un bosquet de bambous de Chine rivalise en hauteur avec un cocotier, des dizaines de plantes et fleurs exotiques agrémentent le tout de couleurs vives.

Des oiseaux viennent s’abreuver dans des bassins peuplés de poissons. La beauté des lieux, la sérénité qui s’en dégage, contraste avec les images de guerre vus à la tv ou narrées par les témoins de cette violence meurtrière.

L’Humanité est destructrice, mais Dieu que ce monde est beau.

Dieu au fait, est-il un prétexte dans ce conflit ?

Pour une fois, non, bien que majoritairement chrétienne, la population est tolérante envers les immigrés musulmans, souvent des « west-Af », comme on les appelle ici.

Les commerçants mauritaniens de Port-Gentil, qui ont vu leurs échoppes pillées, ceux des « quartiers » de Libreville, maliens, sénégalais, burkinabés qui ont tout perdu ne seraient probablement pas d’accord avec ça.

Pourtant je suis convaincu qu’ils ne sont pas visés pour leurs origines ou religions mais parce que leurs boutiques sont des proies faciles pour les casseurs.

Certains commerces de proximité tenus par des gabonais, des libanais ou des européens ont connus le même sort.

Les protagonistes, A.Bongo et J.Ping, bien que de confessions différentes (Albert Bongo, le père, est devenu Omar en entrant dans l’OPEP) sont de la même « famille ». Jean Ping a eu deux enfants avec Pascaline la sœur ainée d’ABO et, du temps d’Omar Bongo, il a occupé  différents postes ministériels durant presque trois décennies, puis président de la commission de l’Union Africaine.

Ces deux-là se connaissent bien, quant aux caciques de l’opposition, la grande majorité est issue du PDG, le parti au pouvoir.

Des hommes du « vieux » mais aussi du fils pour certains.

Sarkozy « fait » par Chirac, Macron « fabriqué »par Hollande, Marine « issue » de Lepen, lâcher ou lyncher le boss en politique n’est pas une trouvaille gabonaise.

Bref, la religion n’a rien à voir avec ce qui se passe.

Ou alors, pas comme « on l’entend » pour citer Valls, car l’Afrique est animiste, les rites anciens, la tradition, les « gangas » ont toujours leur place. Ne dit-on pas, dans tout le Gabon, qu’un proche du patron, fils d’un grand maître du vaudou, aurait perdu tout ou partie de son pouvoir suite au décès de son père il y a quelques mois ?

Victime d’un AVC dix jours avant les élections, il est actuellement soigné  au Maroc.

Il n’en faut pas plus pour que les « congossas » (rumeurs) les plus fous circulent sur l’aspect mystique de cet évènement.

Quartier aéroport, fin de journée, 01 Septembre.

Ce midi, mon hôte et moi sommes invités chez des amis dans le quartier résidentiel de Batterie IV. Les consignes de l’Ambassade de France sont formelles, ne pas sortir, mais il faut bien respirer un peu.

Je m’aventure jusqu’au centre pour récupérer quelques affaires chez moi. L’accès est bloqué. Des militaires m’ordonnent de faire demi-tour, mais un gradé, plus compréhensif, monte dans son véhicule afin de m’ouvrir la route. Quatre barrages plus tard, nous sommes au bas de mon immeuble.

Au retour, nous croisons le boulevard triomphal, théâtre d’affrontements violents la nuit dernière. Arrivés au niveau du Sénat, les traces de la récente guérilla urbaine apparaissent, le boulevard est jonché de débris, de gravats, de restes de barrages improvisés. On voit des véhicules calcinés, puis l’Assemblée nationale, dont les images de l’incendie ont fait le tour du monde. Devant le bâtiment, un petit groupe de jeunes gens est pris en chasse par des hommes en armes, cagoulés. Certains arment leurs Famas, ils ne vont pas leur tirer dessus quand même? Je ralentis, ils regardent dans ma direction. Les armes pointent vers le sol mais le message est explicite. Il faut partir.

Chez nos amis, nous sommes une dizaine de français, des patrons de boîtes locales et des cadres sup de multinationales. Chacun a des nouvelles fraîches par des relations diverses, des quartiers de Libreville, de Port-Gentil et de villes de l’intérieur, pas de quoi se rassurer.

Commerces, supermarchés, bâtiments publics, centres commerciaux, souvent pillés et/ou brûlés, partout. Des blessés, des morts …

Nous commentons les réactions de Paris. Nous revenons d’ailleurs sur un flagrant délit d’ingérence.

Explication : Le processus électoral validé par toutes les parties et évidemment connu des observateurs veut que les résultats partiels ne soient pas commentés avant l’annonce des décomptes définitifs, 72 h après la clôture du scrutin.

Pourtant, concernant le Gabon, notre parti socialiste ose tout. Deux jours avant l’annonce des résultats officiels, on peut voir sur le site du « parti au pouvoir »  ceci : «   … les premières estimations indiquent que le Président sortant Ali Bongo serait battu au profit de Jean Ping …  Voilà plus d’un demi-siècle que la famille Bongo gouverne le Gabon. Une alternance serait signe de bonne santé démocratique et un exemple… »

Non-ingérence ? Faites-moi rire !

En attendant, si les grands donneurs de leçons du PS sont bien au calme rue de Solferino, nous, expatriés français à Libreville, nous rions jaune.

Un téléphone sonne, on nous annonce une grosse « bagarre » en cours entre manifestants et forces de l’ordre à quelques pâtés de maison. « Il y a le feu » nous dit-on.

Nous sortons dans le jardin et regardons dans la direction indiquée, une épaisse colonne de fumée monte en effet dans le ciel.

Nous prenons congé en milieu d’après-midi, mieux vaut ne pas courir le risque de croiser du « monde » sur la route.

Il est 18 h, le soleil couchant irradie des roses de porcelaine et des becs de perroquet autour d’un bassin, les couleurs sont sublimes.

Je marche pieds-nus sur la pelouse et je me pose au bord de l’eau.

Je pense à tous ces gens, dehors, ceux qui se battent de part et d’autre, ceux qui perdent leurs outils de travail, ceux qui perdent plus encore …

Les dernières nouvelles ne sont pas réjouissantes, le siège de l’organe de presse proche du pouvoir (l’Union) et la Radiotélévision Gabonaise (RTG) auraient étés dévastés malgré l’imposante présence de forces de sécurité, rien n’arrête la horde de casseurs.

En moins de 24 h, il y aurait eu un bon millier d’arrestations.

Quartier aéroport, matin du 04 Septembre.

Dans une heure ou deux je vais rejoindre mes quartiers du Centre-ville.

Non pas que la situation soit apaisée à Libreville ou dans le pays, mais rien de grave ne s’est passé autour de chez moi

Durant les trois derniers jours, dans la propriété où je suis, j’ai eu la chance de m’entretenir de vive voix avec un porte-parole du « patron », un cadre éminent de la société civile gabonaise que je vois régulièrement pour des raisons professionnelles.

Ses interventions sur les chaînes de télé sont fréquentes, son aura, son expérience, sa sagesse contribuent souvent à l’apaisement des débats.

Ses anecdotes sur ce qui se passe en interne sont croustillantes, il ne dévoile bien sûr aucun secret d’Etat, mais il nous éclaire, parfois avec humour, sur la situation, sur les stratégies de l’opposition, sur les invraisemblances de la diplomatie française, mais aussi et c’est ce qui est passionnant, sur son propre regard. C’est un fidèle parmi les fidèles, mais ni sourd, ni aveugle, il sait distiller de bons conseils …

J’ai aussi revu avec plaisir mon ami Hervé.S, conseiller consulaire.

Hervé est un actif, voire un hyper actif, toujours sur le pont pour s’informer et informer notre communauté française au Gabon.

Sa priorité, les intérêts et la sécurité de nos ressortissants.

Ce que je pense.

Je pense que ma situation d’expatrié, d’étranger, m’impose de la retenue et au-delà de tout, me garder de toute ingérence.

J’ai des amis dans les deux camps et je souhaite bien les garder.

Au vu des fonctions exercées auparavant par les ténors de l’opposition, ils connaissent la musique, ayant longtemps fait partie de l’orchestre.

Je pense qu’on a le droit de protester, d’en appeler à l’arbitrage de la communauté internationale, de manifester. Mais la technique qui consiste à dire « On casse tout et on discute après », je ne suis pas fan.

Quand on tire sur les gens non plus …

Concernant l’alternance.

L’Afrique n’est pas un assemblage de vieilles démocraties à l’occidental. Son histoire est différente, ses priorités également (paix, stabilité, développement). N’oublions pas que jusque dans les années 90, la moitié de l’Europe était composée de dictatures communistes.

Philosophiquement, politiquement, je suis pour l’alternance.

Je ne conteste pas, loin de là, la légitimité de J.Ping à se présenter et à gagner les élections si les gabonais l’ont choisi.

Mais, dans le cas du Gabon, aujourd’hui, prétendre que J.Ping et ses copains représentent une alternance politique au PDG, c’est aussi crédible que si en France, nous avions un duel Hollande-Ayrault, ou  Hollande-Bartolone.

Centre-ville, après-midi du 05 Septembre.

Nous avons repris le travail ce matin. La réunion de « rentrée » a surtout été l’occasion de parler de l’actualité avec nos collaborateurs.

Avez-vous eu des soucis ? Pas de dégâts autour de vous ?

Certains ont vécus les évènements de près dans leurs quartiers, ils nous racontent.

Le calme est précaire, l’opposition a appelé à la grève générale, internet est revenu et bien que les réseaux sociaux soient toujours fermés, de nombreuses images circulent.

On voit des blessés, des corps sanguinolents, des exactions, des cadavres …

Fake ou réalité, propagande ou info ? Comment savoir, mais l’émotion est palpable dans l’équipe.

En début d’après-midi on nous informe qu’une marche de l’opposition se dirige vers le centre-ville. Principe de précaution oblige, nous libérons nos collaborateurs.

Quel va t’être l’épilogue de cette crise ?

Personne ne se risque à un pronostic mais le moral est dans toutes les chaussettes …

Bureau, matin du 07 Septembre

Jean Ping a annoncé hier qu’il y aurait entre 50 et 100 morts. Valls parle d’une quinzaine de français aux abonnés absents. Les partisans de l’opposition ne sont pas tous de grands pacifiques non plus.

Jeune-Afrique me propose de publier ce « billet ». Je me demande si un esprit « étriqué » d’un camp ou de l’autre pourrait se formaliser de mon témoignage. Je ne crois pas, ou alors il faudrait vraiment être susceptible.

Pas de blague hein les cousins ? (je suis né dans le « quartier »)

Et puis cette année, à Noël c’est mon tour d’avoir les enfants, ça m’ennuierai de disparaître …

 

 

 

Un Lapin sans Nom de Scéne, scénario original de Tia Dadette…..