Coup d’coeur tout triste, Gadget Curt, l’amour des îles…

Le couperet est tombé jeudi dernier, dur, implacable, terriblement définitif. Gadget est décédée. Et non, c’est juste pas possible, il y a des personnes dans la vie de tous les jours que l’on est incapable  d’imaginer autrement qu’à travers l’image qu’elles véhiculent depuis toujours. Gadget, un petit bout de bout de femme, dynamique, volontaire, libre et tellement talentueuse. Une petite mais grande dame indépendante, une artiste confirmée, une maman adorée. Angy, son garçon s’est confié à moi, peu après le drame. Avec Kenzo, son ami de toujours qui, triste ironie du sort vient tout juste, lui aussi de perdre son père, nous sommes partis dans de doux papotages à bâtons rompus, tantôt tristes, tantôt gais, une évocation sans fioriture, sans concession, de souvenirs beaux et de tranches de vies uniques. Parfois l’œil humide, parfois un sourire éclatant, presque un éclat de rire, Angy encore tout chamboulé a tenu à nous a guider à travers les péripéties de la femme de sa vie.

Geneviève Curt

Elle détestait son prénom, allez savoir pourquoi et rêvait de grands espaces, voulait découvrir ’’ les îles’’. A 25 ans, fraîchement diplômée des Beaux Arts de Marseille, sac à dos et sourire aux lèvres, accompagnée d’une copine, elle s’embarque pour son destin. Guadeloupe, Martinique… Elle fait des rencontres, s’épanouit dans son art, ouvre grand ses yeux, respire et peint les Caraibes. Presque par hasard elle se tourne vers l’aquarelle pour représenter ces superbes scènes de marchés, hautes en couleurs qui la fascinent. Dans la foulée, elle troque le Geneviève détesté pour Gadget, délicieux surnom inventé par un copain et qui va comme un gant à ce joli petit bout de femme. Au hasard d’une rencontre, elle pose sur la plage pour un photographe et devient l’égérie incontestée d’une marque de produits solaires. Sublime cliché qui a fait le tour du monde. Puis c’est le départ pour St-Martin. Elle y fait son nid dans le délicieux village de Colombier, un petit hameau presque isolé et verdoyant. Elle y aménage sa maison, crée un petit atelier tout mignon, à son image et donne naissance à son fils Angy. Peu à peu, elle succombe au charme sauvage des bambins aux bouilles craquantes et aux yeux immenses qui l’entourent. Elle en croque des portraits délicats et saisissants. La mer, le soleil, les palmiers, les bateaux constituent le quotidien de Gadget et, l’aquarelle par ses possibilités de transparence, de flous, de contraste, de spontanéité se prête admirablement à l’exécution de marines. Elle fait sa signature de délicieuses scènes pleines de fraîcheur de bateaux, de vagues douces, de plages ou encore de petites cases, largement imprégnées de ses balades caribéennes.

Gadget et Las Terrenas

Puis, peu à peu, St Martin change de visage ou bien est-ce elle, aventurière invétérée, qui se lasse de ce visage…. Toujours est-il qu’en 1994, elle accompagne un ami en vacances à Las Terrenas et, c’est le coup de foudre. Ni une, ni deux, elle embarque quelques babioles et ses précieuses aquarelles dans un gros baluchon, n’oublie pas son bambin adoré et s’envole pour l’aventure dominicaine. Sur place elle retrouve une bande de copains de St Martin, il y a les Doumé, les Pipo, Françoise dite Paka, Nadine, Philippe…. Elle s’installe pour quelques années sur la plage paradisiaque de Coson, chez son amie Maryse loin de toute civilisation.  On ne pensait pas en découvrant sa silhouette frêle et délicate que se cachait une telle énergie dans ce petit bout de bonne femme. Sur sa plage isolée, à une époque où la sécurité était toute relative, même pas peur.

Le temps a passé, Gadget a su, tout en délicatesse, intégrer le paysage de Las Terrenas. Il était doux de la rencontrer à pieds ou sur son vélo arpenter les rues du village ou proposer douceurs et aquarelles sur son éternel étal du Paseo. Elle n’a jamais cessé de peindre et à exposer ses œuvres de ci de là, même si pendant un temps, elle s’est lancée à corps perdu dans la confection de douceurs, confitures, marmelades, rhums arrangés qu’elle proposait aux touristes ou aux résidents gourmands sur les étals d’un petit marché inventé de toute pièce et au non charmant ‘’Les filles du marché’’… Depuis peu, la belle dame dispensait son art avec délectation en proposant des cours d’aquarelle à quelques privilégiés et, qui l’eut cru, délaissait quelque peu son aquarelle pour une peinture à l’huile magnifiant de très beaux portraits d’enfants, retour à ses premières amours…

Gadget nous a quitté ou plutôt comme aime à le penser Angy est entrée dans une autre dimension… elle nous manquera mais ne sera jamais très loin de nous, au hasard des vitrines, des échoppes du village, c’est sûr, elle nous sourira encore au travers d’une marine, d’un paysage des Caraibes ou des grands yeux d’un bel enfant.

J’ai voulu rendre ce dernier hommage en son honneur, mais aussi pour Angy et pour ses amis qui le soutiennent dans ces moments douloureux.

La vie continue et l’amour qui unissait ces deux-là, c’est pas la mort qui pourra le briser.

Un dernier hommage sera rendu à Gadget sur la plage des Balcons de l’Atlantique. Le jour et l’heure n’étant pas encore fixés, promis je vous tiendrai informés.

Bye bye ma belle artiste…

Pachamama, une très belle exposition riche en émotions

Museo de las Casas Reales. 17 de abril – 15 de mayo 2018

Chaque année  au mois d’avril est célébré le jour mondial de la Terre, instauré par l’ONU. C’est tout naturellement à cette occasion que la très belle exposition Pachamama a vu le jour au Musée de Las Casas Reales de Santo Domingo. Et, c’est sans grande surprise que le peintre vedette, choisi pour porter les couleurs de cet événement riche en émotions fut l’artiste Michel Bizet, un amoureux de la nature, très impliqué dans le milieu ambiant et fervent défenseur de sa préservation.

 

Peintre de talent, artiste atypique et humaniste au grand cœur Michel Bizet nous séduit par sa personnalité multiple et attachante. Ses toiles remarquables, reconnues et appréciées dans le monde entier occupent une place de choix chez les collectionneurs les plus pointus comme dans les musées de renom. Elles reflètent indéniablement l’influence de grands peintres impressionnistes. Michel Bizet, libéré de toute contrainte, souvent défini comme un impressionniste abstrait se complet à saisir une œuvre figurative pour la détourner de son concept, la dénuder étape par étape et nous la restituer délicieusement métamorphosée.

C’est avec ferveur qu’il se lance dans cette belle aventure, Pachamama qui lui correspond point par point et reflète la profonde substance de son œuvre. Pachamama, ode à la déesse de la Terre, adorée par le peuple amérindien est en harmonie parfaite avec la conscience et l’esthétique du peintre, restitué à travers ses 30 toiles majestueuses, reflets de ses méditations philosophiques et écologiques.

Parmi les superbes toiles dont une vingtaine créées pour l’occasion, une œuvre stupéfiante est consacrée aux abeilles, chères à son cœur. C’est en compagnie de son ami Alfredo Castillo, peintre et sculpteur dominicain de talent qu’il nous la livre. Clin d’œil délicat à son fabuleux parc écologique Los Parques de Las Terrenas, abritant la Fondation Michel Bizet et l’Instituto del Abeja. C’est dans ce lieu préservé, foisonnant de milliers de fleurs et de plantes uniques que ce citadin invétéré éprouve le besoin de se ressourcer chaque semaine. Il y a d’ailleurs installé son atelier. Des centaines de ruches éparpillées parmi les fleurs abritent les colonies d’abeilles qui s’ébattent en toute quiétude pour nous offrir le plus délicieux des nectars, un miel, riche, d’une extrême pureté et subtilement parfumé. Chouchou des amoureux de produits authentiques,  il vient tout juste d’être récompensé par un 1er Prix : « Meilleur Miel Ambré » de République Dominicaine.

Artiste bourré de talent, humaniste, écologiste, Michel Bizet traverse sa vie bien remplie comme dans un rêve mais les pieds fermement ancrés sur cette terre qu’il respecte et admire, dans ce pays qui l’a accueilli les bras ouverts. Chaque semaine, c’est avec un plaisir non dissimulé, qu’il rejoint son petit paradis. Entouré de dizaines d’amis, personnalités ou anonymes qui se pressent à la fondation pour assister en catimini à l’évolution de cette belle aventure, il participe activement à la sauvegarde des abeilles et par là même à la préservation de notre planète. Einstein disait : Si les abeilles venaient à disparaître, l’espèce humaine n’aurait que quatre années à survivre !…..

Pachamama le remercie. Il sera cette année mis à l’honneur en digne ambassadeur de cette lutte pour la survie de l’humanité, un choix judicieux qui lui colle à la peau.

Un merci spécial à J.M. Vinet.

Une belle rencontre, Charlie Simon et sa peinture fusion

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Mine de rien, Las Terrenas est devenu le refuge de quelques artistes de qualité, musiciens, photographes, peintres qui puisent leur inspiration dans les merveilleux paysages qui nous entourent et dans l’atmosphère si particulière du village.

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Parmi eux, Charlie Simon, a su se faire sa petite place parmi l’élite des peintres dominicains. Pour preuve, s’il en fallait, son inscription au très select CODAP (College Dominicain d’Art) filiale de l’Unesco.
Son atelier-galerie ouvert à tous, se situe au Paseo, à côté de la Cave à vins. C’est avec beaucoup de gentillesse qu’il nous y accueille et nous guide à travers son oeuvre très hétéroclite qui oscille,sans jamais choisir, entre naif, pointillisme, impressionnisme. Sa peinture-fusion comme il se plait à la qualifier est inspirée par son vécu, mais, phénomène de pure création et résultat de l’imagination d’un artiste sensible, ses toiles sont remplies d’une forte dose d’émotion. Son travail instinctif qui confère un caractere ingénu aux oeuvres , s’articule autours du glamour de ses exquis visages de femme et d’un impressionnisme étonnamment juste et délicat. Charlie, érudit et intarissable en matiere d’art, voue une passion à Picasso, génial « touche a tous » , innovateur insatiable, à l’aise dans tous les courants picturaux. Un peu lui donc. S’il en a fait son « modèle », il apprécie également l’art poétique de Chagall et la folie de Jean Dubuffet.

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En passant devant « la galerie de Charlie Simon », un amateur éclairé, est tombé en amour devant la diversité et la qualité de ce qu’il voyait. Sans hésiter, mû par un instinct très sûr, ce sont 25 toiles qu’il a sélectionné pour intégrer sa propre galerie en Autriche. Charlie n’est pas peu fier, il faut dire qu’à ce jour, alors qu’il vit confortablement de son Art, ce sont pres de 1000 toiles signées de l’artiste qui se baladent dans le monde entier.
Ce fut une agréable et enrichissante rencontre avec un homme cultivé, amoureux de son métier, sincere et tres attaché à son village d’adoption, Las Terrenas. Mais ne vous y trompez pas, si vous lui demandez s’il se sent plus haitien par ses ancêtres ou dominicain par sa naissance, il vous répondra « je suis un homme de l’île et c’est tout ».

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