Les annees 70, Le Viking.

Le retour d’Afrique fut moins glorieux, voire douloureux. Michel, chahuté par son voyage pas toujours des plus confortables se retrouva à l’hôpital de Bangui avec un méchant ulcère ouvert, un estomac sanguinolent en piteux état. Grâce à l’aide de son ami, il fut rapatrié d’urgence en France où il fut chouchouté, soigné, remis sur pied, l’estomac sérieusement diminué.

Les années 1970 s’annoncaient lumineuses et pleines d’insouciance pour ce baroudeur, éternel créateur, inventeur, cet électron libre jamais à cours de projets grandioses ou utopiques. Complètement rétabli de sa mésaventure africaine, il reprend son métier de photographe. Mais très peu pour lui l’envie d’immortaliser batêmes et autres mariages (sauf pour ses copains bien sûr). Attiré par de périlleuses missions en terrains mouvementés, il rejoint la prestigieuse agence de presse Gamma. En 1970, il file à Val d’Isère couvrir la terrible avalanche ayant fait plus d’une centaine de morts. Bouleversé, il en reviendra avec des clichés saisissants mais aussi avec un bébé en devenir…. Et oui, difficile de ne pas succomber au charme ravageur de Michel, la maman de ses filles, confinée dans la même chambre que lui, vu la situation dramatique de la station n’a, en tout cas pas su y résister.

Michel déborde d’idées en tout genre. Stimulé par un premier job dans la restauration et le monde de la nuit, à Orléans puis à La Baule, il décide, toujours associé au même pote de créer une boîte de nuit à Pornic, endroit si cher à son cœur. Elle s’appellera Le Viking, l’endroit est déniché, de vieilles pierres et un espace idéal. Mais les autorisations traînent et, histoire de ne pas trop perdre de sous, le lieu, dans un premier temps abritera un restaurant. Un établissement différent, très tendance et vite pris d’assaut par tous les beautiful people d’ici et d’ailleurs. La spécialité incontournable…. Les œufs à la coque et leurs délicates mouillettes aux trois beurres parfumés. En dessert, l’omelette norvégienne à fait saliver bien des gourmands. Etienne, le jeune cousin que nous avons déjà rencontré faisait partie de l’aventure. Il était chargé en cuisine de faire monter les blancs en neige, secret d’une omelette norvégienne réussie, à la seule force de ses poignets.

Les autorisations en poche, le Viking revêt ses habits de lumières, s’invente une salle de billard au premier et devient LA boîte de nuit à la mode. On y vient de partout pour des soirées incroyables qui durent jusqu’à pas d’heure. Parfois c’est chaud et Michel doit se montrer vigilant face à un personnel souvent survolté. C’est la période de tous les excès. Amoureux fou des belles cylindrées, il s’éclate en thunderbird, jaguar, rover, maserati. Toujours entouré des plus jolies filles, il en fera voir de toutes les couleurs à celle qui est pourtant devenue son épouse, la mère de ses deux petites filles. Michel vit, flambe, fume de gros cigares, sabre le champagne avec un vrai sabre et n’hésite pas à partir à Londres pour s’acheter des pièces de vêtement uniques. L’argent coule à flot puis disparaît aussi vite qu’il est entré. Avec sa belle gueule et son bagout, rien de plus simple pour lui d’emprunter puis de jouer le grand seigneur et de dépenser avec frénésie. De passage à Nantes, il tombe en amour pour une antique péniche chargée d’histoire, Le bateau Lavoir. Avec son impulsivité légendaire, il se l’offre, met le viking en gérance et emménage sur la péniche avec femme et enfants et chiens, 2 superbes bergers Môme et Mec. Jamais à cours d’idées, il y crée une salle de concert d’un nouveau genre où se produiront des artistes locaux comme les tout jeunes Tri Yann ou Alan Stivell. La vie continue savoureuse, brillante mais pour peu de temps…

Le Bateau Lavoir.

Nantes. Baby-boom la naissance et la petite enfance.

Année 1946 : Babyboom post seconde guerre mondiale.

A la fin de la guerre, soldats et prisonniers se ruent dans leur foyer et se lovent enfin, impatients et ravis dans les bras de leur femme… Résultat : dans toute la France des milliers de petits bambins voient le jour. Et c’est en cette année particulière, dans la belle ville de Nantes que Michel a choisi de pousser son premier cri.

Craquant petit bonhomme au visage harmonieux tout en rondeur, un tout petit bout de nez, des joues potelées, des oreilles bien grandes et de grands yeux sombres. Il est le second enfant, quelque peu inattendu mais d’emblée adoré d’un couple de quarantenaires très unis et le petit chouchou d’une grande sœur, Joelle, de 10 ans son ainée. La vie est douce à Nantes et les jours s’écoulent paisibles entre l’école à quelques pas de la maison et les longs week-ends insouciants à Pornic avec toute la bande de cousins et cousines. Délicieux jours heureux, la plage, l’océan, les jeux, les premiers bisous, les soirées qui n’en finissent pas, les grands feus de camp parfumés à la guimauve. L’esquisse de la liberté qui deviendra son leitmotiv, sa particularité et sa marque de fabrique.

Le temps passe

Le petit garcon, ni trop sage ni trop trublion se métamorphose en un ado au charme envoûtant. Très soigné, d’une élégance innée, Michel est beau et il le sait. Il en rit, en joue, en profite aussi. Une bande de potes et de copines, mais toujours ses cousins, jamais bien loin. Papa Joseph conduit des cars et sa maman a ouvert un petit resto sur un boulevard passant de Nantes. Au sous-sol un lieu magique, un refuge douillet qu’il a su aménager avec beaucoup de goût. Il y passe tous son temps libre en compagnie d’Etienne son jeune cousin et d’une poignée de copains fans de musique comme lui. Il excelle à la batterie et s’en donne à cœur joie. Plus tard il rejoindra un groupe de musicos de Vannes, Les Vanettes. Anecdote rigolote, sa petite-fille Karla, photographe (comme lui) s’est découvert une passion pour la batterie, sans savoir que son papy, bien avant elle partageait le même engouement pour cet instrument.