Semana Santa 2019 à Las Terrenas: de l’indolence à la décadence.

Voilà, c’est fini…. La terrible Semana Santa est passée ou presque. Les derniers fêtards se hâtent de boucler leurs valises et grimpent dare-dare dans leurs bolides pour rejoindre la capitale et leur plate vie quotidienne. Il faut dire qu’ils en ont profité. A pied d’œuvre dès vendredi après-midi, ils n’ont jamais relâché la bride et se sont donnés à fond dans l’orgiaque parenthèse de ce qui n’a plus de « santa » que le nom.

L’indolence

Et pourtant, vendredi en fin de matinée, juste avant le chaos, la plage des pêcheurs offrait encore aux badauds la quiétude de son rythme indolent. Ils étaient un peu plus nombreux les clients gourmands alors des petites mains habiles avaient été recrutées pour nettoyer les beaux poissons et faciliter la tâche des plus paresseux, des plus maladroits en leur offrant sur un plateau, filets tout frais ou darnes appétissantes.

La décadence

Puis, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, ils sont arrivés, en masse tels des mouches sur un rayon de miel. Par milliers, les « capitalénos » se sont déversés dans le village à grand renfort de pots d’échappement et de décibels, envahissant le moindre centimètre carré de sable. Je tremblais pour notre pimpant petit chemin fraîchement refait en entendant le terrible hurlement de pneus brutaux crissant sur son délicat gravier. Les infrastructures de plages furent prises d’assaut, parquant les VIP derrière leurs barrières éphémères, canette de bière ou gobelet de rhum à la main. DJ et groupes en live firent leur entrée en fanfare. Mon château de feuille retentit alors jusqu’à pas d’heure d’une cacophonie sans nom née des différents sons de Las Ballenas, de Popy et du pueblo…. Mes chiens terrorisés étaient aux aboies….. et moi aussi, Tatoo tremblait de tous ses poils et Léo pour sa première Semana Santa aboyait comme un beau diable.

Dans la rue le spectacle était grandiose. Les yeux papillonnaient entre les grosses cylindrées à 2 roues, les monstrueux 4×4 aux jantes disproportionnées, les dragsters intergalactiques, les quads customisés…… et …….les formes généreuse dévoilées sur d’improbables montures ou sur le sable, de venus callipyges décomplexées, aux  énormes fessiers habilement botoxés ou naturellement celluliteux. On a beau dire qu’il en faut pour tous les goûts, on touchait du doigt la vulgarité vraie, proche de la nausée.

La Semana Santa 2019 était gratinée. En fait d’années en années, la notion de « sainteté » s’éloigne de plus en plus. Cette semaine tronquée qui ne démarre que le jeudi est devenue l’instant défouloir, le « spring break » des dominicains de la capitale (essentiellement), avides de la liberté et de l’excentricité qui leur font défaut le reste du temps. En même temps, alors qu’ici, les décibels écorchaient mes oreilles, à Paris des « gilets jaunes » en mal de notoriété pillaient des magasins en scandant à qui mieux mieux aux forces de polices affaiblies et à bout de nerf « suicidez-vous »…… A choisir, je re-signe pour 20 ans de plus et je reste dans mon paradis tropical un peu bruyant, un peu zinzin, pas toujours « catholique », parfois franchement décalé mais toujours bon enfant.

Un grand merci à Mimi mon photographe de mari pour les douces images de la plage des pêcheurs et de la foule derrière les barricades, à un anonyme de Facebook pour l’arrivée au Village des Pêcheurs et au talentueux Daniel Cremona, très inspiré par les formes voluptueuse des venus callipyges en herbe…..

https://www.youtube.com/watch?v=qGFGx-CCwSA&fbclid=IwAR0x8U0_iuyOKKhUwOy5MLsIEsBHaeJozTN8IVuF0pKGtRy2wwQjGS4MNGI

Prendre la décision….

Quelques semaines après son arrivée avec la belle Mina.

 

Jolie Choupita, très intriguée….

….. c’est bien ça le plus douloureux. Mettre un grand mouchoir blanc sur ses sentiments, sur ses doux souvenirs, sur de si tendres images, sur son petit confort, enfouir tout ça sous un gros tas de cailloux et …. prendre la décision et s’en tenir.

Il y a un peu plus d’un mois déjà, elle était prise la décision. Discussion sans fin avec le pauvre Enrique, avec Mimi, avec ma conscience….il faut le faire….. et, au tout dernier moment…. Non, je ne peux pas. Il faut dire que lui et moi nous étions tellement proches, nous vivions depuis 15 ans un amour si fusionnel qu’il a du le sentir et, dans un dernier effort, il s’est remis sur ses pattes, il s’est remis à manger avec appétit les petits plats juste pour lui que je lui mijotais et la vie a repris son cours, cahin-caha. La « décision » n’était plus du tout d’actualité.

Puis, tout à coup, sans aucun signe avant-coureur, il ne s’est pas levé le matin. Je l’ai pris dans mes bras jusqu’au jardin …. Domingo est un chien d’une extrême propreté, il a fait son gros pipi, je l’ai porté jusqu’à sa couche près de mon lit…. Il n’a pas bougé de la matinée. Allez, je l’appelle. Enriqué est arrivé, petits conciliabules, quelques larmes de part et d’autres…. On tente le tout pour le tout, injections de vitamines, histoire de le rebooster …. Ca marche, quelques heures plus tard, Domingo se lève part faire un petit tour de petit vieux dans le jardin et vient quémander une gratouille. J’en profite pour lui offrir un bon petit repas qu’il mange avec plaisir…. Mais. Le lendemain l’angoisse surgit à nouveau en pire. Il se lève, il tombe, ferme les yeux, il souille sa couche…. Ça c’est juste pas lui. J’attends une journée entière puis re-Enrique au téléphone…. On va attendre demain. Peut-être que le Dieu des chiens acceptera de l’emporter pendant son sommeil, quand, bien blotti contre ses frères et sœurs au pied de mon lit, il se reposera de cette journée difficile. Le Dieu des chiens n’a pas voulu de lui, il ne mange plus, ne boit plus, ne se lève plus, fait tous ses besoins sous lui….. le moment est venu. C’est terrible, douloureux, insupportable. C’est fait. Et il semble si reposé.

Paquita qui fut sa belle complice.

Peut-être parce que tu es le seul que j’aie nourri au biberon des jours et des nuits….. tu étais si petit, quelques jours, une semaine tout au plus et déjà abandonné…. Comment ne pas craquer devant cette petite chose tremblante et gémissante. C’était il y a quinze ans, c’était un dimanche sur la plage et tu es devenu mon Domingo.

Repose en paix mon cœur. Hier toute la famille était bien triste et aujourd’hui ça va mieux car nous avons pris la bonne décision.

Love Domingo.