La « rencontre » entre guillemets…

Ben oui, entre guillemets parce ce que nous nous étions déjà rencontrés bien des années plus tôt. Qui vivait à Las Terrenas, inévitablement connaissait Michel, indissociable de son Syroz.

La vie n’a pas toujours été tendre avec moi. En mai 2007, un cancer de la gorge a été dépisté chez Claude, mon mari. Après 3 mois de chimio, de radiothérapie, il est décédé en octobre des suites d’un traitement trop agressif. Je me retrouvai seule une première fois. Pour le coup, c’est mon amour pour les chiens qui m’a sauvé et rien que pour ca, ils seront toujours ma priorité.

Près de deux ans plus tard, alors que je m’étais reconstruite une petite vie douillette dans ma jolie maison avec tous mes toutous, 7 à l’époque, une amie me dit… « sais-tu qu’il y a quelqu’un qui rêve de toi… » Ben ca alors, première nouvelle… Si me dit-elle, c’est Michel du Syroz… Le ciel m’est tombé sur la tête. Pas possible de trouver quelqu’un de si différent de moi, de si incompatible, cherchez l’erreur. C’est un oiseau de nuit, je hais l’obscurité, me lève tôt, me couche avec les poules, jouis du soleil et déteste le bruit, l’alcool et les nuits sournoises où l’on s’escrime à refaire le monde.

Bref, je n’y pense plus puis je le croise dans la rue. Salut ca va… il parait que tu pars au Brésil… et si j’écrivais un petit papier sur toi pour le LT7, ce serait sympa… pas question… OK bon salut. Sauf que j’étais plutôt pugnace, non mais. Je l’aurais mon papier… et je me suis mise à me trouver « par hasard » sur son chemin, régulièrement. En même temps pas compliqué de le trouver, il passait une belle partie de son temps à boire des rosés avec ses potes sur le petit bar latéral du Bario Latino. Ca durait des heures… Au début, j’avais presque l’impression de m’incruster puis il s’est mis à m’attendre. On est même aller déjeuner ensemble, loin (pour lui qui ne dépassait jamais sa zone de confort, Paseo-Syroz-Paseo) à Popy… puis tout s’est précipité. Le Syroz était en gérance et la responsable d’alors, à ses débuts, était relativement réceptive et organisait des soirées sympas. Il m’a invité, une fois, deux fois. Paniquée par la nuit comme je l’étais, le suis encore, je me déplacais toujours avec ma petite malinoise Cheyenne, mon garde du corps, discrète et efficace. Aujourd’hui, Cheyenne a près de 17 ans et je la cajole, je la soigne comme la prunelle de mes yeux.

Puis l’idée est arrivée tout naturellement. Michel est venu s’installer chez moi dans ce qu’il allait très vite baptiser le Château de Feuilles. Au début, un peu timide entre ces murs qu’il n’avait pas choisis, il est vite tombé en amour pour ce lieu atypique, bohème, facile. Les chiens l’ont adoré de suite. Bien sûr, il n’a pas abandonné pour autant sa vie de patachon, Barrio le matin, déjeuner frugal à la maison (il a fallu établir des horaires, monsieur ne connaissait pas), après-midi bar de plage, soirée au Syroz… mais oui du coup je suivais et, mémorables dimanches avec le méga-Voleau-tour. Un parcours très alcoolisé qui nous menait de Popy au fin fond de Coson. Une connivence indispensable alors pour une vie tout en complicité où l’on ne s’habillait que de blanc.

En novembre, nous sommes partis pour la première fois ensemble au Brésil chez Joseph, son fils. A l’époque, j’avais la chance de pouvoir compter sur quelqu’un de sûr pour garder mes chiens en toute confiance.

Le Syroz

S’il est un endroit iconique qui, sans conteste fait l’unanimité, c’est bien le Syroz. Autochtones, Dominicains de la capitale ou d’ailleurs, résidents, touristes… jeunes, plus âgés, beautiful people, dandy, journalistes, vedettes…tous se pressent en ce lieu si différent avec en toile de fond l’infini de l’océan. Le décor est simple et authentique, quelques chaises et tables en fer forgé, blanches bien sûr, la couleur fétiche du maître des lieux, s’éparpillent sur le sable, à deux pas du clapotis des vagues. Rien de superflu mais une ambiance unique. Le son, disques ou DJ, sélectionné avec soin fait la part belle au jazz et à la musique bresilienne, chere au coeur de Michel. Les cocktails sont juste parfaits et les soirées douces et sereines s’éternisent jusqu’à pas d’heure. Le backgammon y règne en maître, les parties sont passionnantes et interminables. Les soirées blanches, symboles de fêtes absolues se déroulent toujours dans la bonne humeur et dans la retenue. Ici, nul débordement, inutile de danser sur les tables. On s’amuse avec intelligence et tellement de plaisir. Michel n’a pas son pareil pour inventer des moments d’exception. Cracheurs de feu, danses du ventre, jongleurs, musique en live, projections sur écran géant… les moments-bonheur se suivent et ne se ressemblent jamais. Le petit bar est devenu l’endroit incontournable qui ne désemplit pas. Il n’est pas rare que la nuit s’acheve assis sur le sable a guetter l’arrivee de l’astre du jour. Michel est ravi, il a retrouvé sa vie de la nuit qui lui sied si bien. Mais il sait rester discret tout en étant indispensable et s’entoure de personnes de confiance qui le secondent à merveille à l’instar de Sergio, directeur du bar lorsque pour la première fois je mis les pieds au village en 2003.

Cependant, les années passent et une certaine fatigue s’empare de Michel qui aimerait lever le pied. Son fils Joseph, brillant kite-surfeur qui poursuit sa carrière au Brésil vient lui prêter main forte mais repart vers son destin. C’est alors qu’une mise en gérance est envisagée et effectuée. Catastrophe. Le Syroz, c’est Michel. Point final. Sans lui, l’endroit aussi ravissant puisse t’il être perd tout son charme. La clientèle boude ce nouvel endroit trop plein de chichis qui ne ressemble plus en rien au petit bar si ravissant sur la plage. La gérance est brisée, viennent des responsables… pas mieux. Décidément, le Syroz sans Michel ne vaut pas un clou…

En 2012, le Syroz devient La Roulotte, un délicieux endroit au vrai goût de paradis… aujourd’hui, le XO l’a remplace, bien différent mais non dénué de charme.

La Roulotte, bungalow de charme sur la plage.

Et la vie s’articule à LT…

En 1985, Michel, victime d’un grave coup de foudre, pose ses valises à Las Terrenas. En ce temps-là, seuls quelques pionniers audacieux osaient s’aventurer dans ce petit village sans eau, ni électricité, sans téléphone ni moyens de transport. Il y fait cependant venir du Brésil sa compagne et son fils Joseph. Il tombe fou amoureux de l’endroit d’abord, puis d’une vieille bicoque sans grande allure, mais posée sur la plage. Une vague salle de billards en parpaings, plutôt sale et négligée. Il se l’offre pour quelque 15000 pesos, la consolide, la nettoie, la transforme et, conscient de l’attrait du village sur les étrangers, surtout les francais, il y crée la toute première Agence Immobilière de Las Terrenas. Puis, il en fait sa demeure. Un petit nid douillet en plein coeur du village mais tout à fait hors du monde. Katia sa compagne, beaucoup moins éprise du village que lui, préfère Santo Domingo, elle s’y installe lui laissant la garde de son fils. Eternel amoureux, bourré de charme, Michel, dans son doux cocon est loin d’être malheureux. Il multiplie les conquêtes et est toujours accompagné d’une jolie femme. Elles se succèdent plus ou moins rapidement auprès de cet homme d’exception qui sait par sa seule présence transcender leur beauté. Très vite les copains, de plus en plus nombreux, affluent dans la petite case sur la plage. La table de Michel est bonne, conviviale à l’image de son hôte et les apéros s’éternisent devant un panorama à couper le souffle.

C’est alors que l’idée jaillit comme une évidence. Il fallait transformer cet endroit en bar et en faire profiter tout le monde. On parle, réfléchit jusqu’à pas d’heure, on s’invente une nouvelle histoire, on choisit le nom, Syroz, en souvenir des années brésiliennes, on convoque Pablo et sa tronconneuse, on met une musique adéquate, la Walkyrie de Wagner, à fond pour bien situer l’ambiance et l’on tronconne le petit bar en bois qui d’un coup s’ouvre sur la plage. C’est ainsi que la petite maison au bord de l’eau se transforme en un bar qui deviendra iconique. Le Syroz est né.

Le lieu est authentique, le décor grandiose et les cocktails incroyables, la caipiriña y acquiert ses lettres de noblesse surtout lorsqu’elle se marie à la fraise. On y joue au backgammon jusqu’au bout de la nuit. Le jazz et bien sûr la musique brésilienne sont de tous les instants. Les anniversaires mémorables, tout de blanc-vêtus marquent les esprits à jamais. Des fêtes grandioses mais nul débordements, classe et festives. Très vite, expatriés de tous poils, intellos, épicuriens, jolies femmes et jeunes dandys y établissent leur quartier général et le Syroz devient le bar de prédilection des « Beautiful People » d’ici ou d’ailleurs, l’endroit incontournable pour voir et être vu. Les célébrités de passage en font leur quartier général, à l’instar de Charlotte Rampling qui succomba, bien évidemment au charme dévastateur du maître des lieux et dont Michel ne fut pas loin de tomber amoureux.

Arrêt sur image : Le Las Terrenas d’alors.

Merci et pardon de mon audace. Les sublimes photos du passe sont toutes chipées au site Las Terrenas.

Beaucoup d’endroits dans le monde ont suscité ou suscitent de réels engouements. Plages immenses et désertes, cabanes de guingois au charme fou, douceur de vivre au rythme des tropiques…. On est envoûté, mais, souvent, on se lasse et l’on retourne vers son pays natal. Or, la majeure partie de tous ces précurseurs, de tous ces francais qui, un beau jour, il y a 40 ans ont découvert ce petit coin de paradis qu’est Las Terrenas, sont restés ancrés ici, certains à temps plein, d’autres une partie de l’année, amoureux comme au premier jour du village, de la beauté de ses paysages, de la nonchalance du quotidien, de son humanité.

Le tout premier « gringo » tombé sous le charme de Las Terrenas est Jean Desdames, dit Jeannot el Francese. Marié à une américaine, fille de l’ambassadeur des USA à Santo Domingo, c’est un peu par hasard qu’il est arrivé jusqu’ici. Mais, c’est en toute connaissance de cause qu’il s’y est implanté. Avec son copain René Techer et sa femme Anny, il crée le Tropic Banana.

Le Tropic Banana

Très vite, la réputation de douceur de vivre de Las Terrenas franchit l’océan et les premiers francais, avides de changement débarquent. Le Tropic Banana devient leur refuge et leur point de ralliement. Hôtel de charme et bar « à la mode », les « anciens » aiment à se remémorer les soirées inoubliables passées à faire la fête au son de l’orchestre de Coseco et de Papon. Les grands jours, Mariana Vanderhorst (ex madame le maire) et ses soeurs enflamment le public dans un incroyable show. Les grandes bières et les Cuba Libre coulent à flot et les soirées s’éternisent jusqu’à pas d’heure.

Autre rendez-vous incontournable de ce temps cher au coeur de Michel, le Nouveau Monde et son mélange insolite de nationalités, de sexes et d’âges. Bon, c’est vrai …les soirées interminables, un peu trop arrosées, se terminent souvent en bagarres générales, toutes nationalités et tous sexes confondus…..

Les premiers commerces

C’est Claude Breard, aujourd’hui décédé et son épouse Bernadette (pharmacie du Paseo) qui eurent l’idée lumineuse d’ouvrir la toute première boutique « chic » au village : La Gâterie face à l’actuel Paseo. Bien achalandée grâce à des produits inédits à l’époque, dénichés à la capitale, elle fit très vite le bonheur des expats de tous poils. Fanfan et Hélène ouvrirent la Salsa au Village des Pêcheurs, Paco et Sarah, sa jeune femme dominicaine fondèrent le Pacocabana, d’autres, comme Anne et Stéphane choisirent d’installer leur petit lolo à la Bonita.

Une vie de boheme

S’il n’y avait pas de route goudronnée, pas d’électricité, pas de téléphone, peu d’autos à part une ou deux guaguas brinquebalantes qui réussissaient bon an, mal an, à se trainer jusqu’à Sanchez en empruntant une piste improbable, la vie était délicieusement douce dans ce petit village éloigné de tout. Bermudas décontractés, paréo pour Michel débarqué du Brésil, les pieds nus… on vivait d’un rien sans vraiment se soucier du lendemain. La jeunesse dorée de Santo Domingo fut très vite attirée par cet endroit qu’elle connaissait peu, par ses plages magnifiques, ses paysages paradisiaques et surtout par ces francais d’un autre monde et leur cuisine si « exotique », véritable choc culturel, exquise découverte. Parmi les afficionados, Pedro Quatrain, Oscar Orsini, Litvinnof Martinez ou encore Miguel Polanco que Michel appelait amicalement « le meilleur couturier du monde » vu la qualité des délicates « réparations » qu’il effectuait jour et nuit sur ces fous d’étrangers. Sans oublier le seul juge-avocat-notaire de l’époque Raoul Languasco, figure incontournable, un brin fantasque, que tout le monde connait à Las Terrenas

L’école francaise

Peu à peu, la vie s’organisait, de jeunes couples débarquaient et …des enfants naissaient. L’idée d’une école se transforma bien vite en réalité. Une petite cabane de bois à l’emplacement de l’actuel Paseo accueillit bientôt 4 ou 5 bambins. Les cours du CNED y étaient dispensés par des répétiteurs recrutés parmi les nouveaux venus. L’Ecole Francaise était née. Elle fut le véritable déclencheur de l’arrivée en masse des francais à Las Terrenas, puis d’autres nationalités, hollandais, anglais, allemands, espagnols, américains et canadiens….

Conscient de l’incroyable attrait de l’endroit, Michel, bien avant de devenir le roi de la nuit avec son incontournable bar Le Syroz, s’improvisa agent immobilier, le tout premier au village. La cohabitation entre dominicains et étrangers se passait à merveille, sans heurts et dans le plus grand bonheur. En 1994, Oscar Orsini, afficionado des premiers jours créa Luz y Fuerza et donna la lumière à Las Terrenas. Les commerces et services se multiplièrent, les cabanes du Village des Pêcheurs s’inventèrent une nouvelle vie, les restos fleurirent de partout, quelques routes en dur furent ébauchées …la vie se structurait.

Las Terrenas.

Oui mais… Apres quelques années idylliques au Brésil avec femme, enfants, job bien cool dans le cinéma, la pub, les magazines, ce globe-trotter invétéré ressent comme des fourmis dans les jambes. Il est temps de bouger. Parmi la faune qui tourbillonne autours du monde du ciné, quelques individus interlopes ont tôt fait de lui mettre dans la tête qu’il y avait quelque chose à faire du côté du Canada. Discothèque, restaurant, casino…. On n’attendait que lui… Bon public, Michel saute dans un avion et se retrouve au Québec. Un peu frisquet mais bien sympa. Il furète de ci de là, entre en contact avec des hommes d’affaire un brin louche, y croit, se revoit dans sa vie de la nuit avec grosses autos et jolies filles… Notre rêveur insatiable se sent déjà en place, le nouveau magna des divertissements nocturnes de Montréal. Sauf que l’argent est loin de couler à flot, les robinets sont fermés. Bon ben non, adieu Montréal.

Pendant ce temps, son ex, ses filles et Oscar son nouveau compagnon ont eux-aussi quitté le Brésil pour une nouvelle terre d’aventure, la République Dominicaine, plus précisément la capitale, Santo Domingo. Jamais très loin l’un de l’autre, les deux ex-retrouvés communiquent et Michel décide de rendre visite à ses filles.

Nous sommes en 1985 et le tourisme dans le pays en est encore à ses balbutiements. Il y a tout à faire pour un aventurier audacieux. Convaincu par son ex qu’il y a vraiment une opportunité à saisir au nord-est du pays, Michel loue une moto et par à l’aventure. Direction la péninsule de Samana …  direction Las Terrenas. De pistes en pistes, le trajet est long, périlleux mais les paysages tout au long du chemin sont justes époustouflants. La végétation est bouleversante et d’emblée, Michel tombe sous le charme de Las Terrenas. En ce temps-là, seuls quelques pionniers, doux rêveurs, osent s’aventurer dans ce délicieux petit village de pêcheurs bercé par l’océan, mais sans eau, ni électricité, sans téléphone ni moyens de transport. Très vite, tombé amoureux fou de l’endroit, Michel fait la connaissance de Jeannot, un francais propriétaire de l’hôtel Le Tropic Banana, de René et de Paco. C’est l’année du tournage de Christophe Colomb au village. Michel qui ne perd pas le nord, décide de créer sur la plage un petit kiosque en palme, petit bistrot de charme pour l’équipe du film. Une fois encore, son ex vient à son aide et lui fait parvenir l’argent nécessaire à son projet. La petite case toute mignonne voit le jour… elle n’a jamais été un bistro mais juste la toute première maison de Michel, sans eau, sans électricité, il se lavait dans la mer et savourait le bonheur d’être juste là, au paradis, les pieds dans le sable. Plus tard, notre aventurier vivra dans une autre case à la place de l’actuel Paseo avant de dénicher l’endroit mythique qui sera à jamais lié à son image.

Merci a Daniel et au site Las Terrenas pour les images.