Carnet de voyage… Bresil

Mr et Mme Voleau, fraîchement mariés allaient profiter pleinement de leur cadeau de mariage. Un road-trip au Brésil. L’idée, louer une voiture à Rio et parcourir le pays jusqu’à Ilha de Guajiru, port d’attache de Joseph. Pas de réservation, un GPS, histoire de ne pas trop se planter, un bon gros guide du pays et c’est parti pour une aventure inoubliable… avec cependant derrière la tête une envie, un rêve…

Brésil, carnet de voyage, du 5 octobre au 8 novembre 2010

Si vous êtes partants, petite escapade au Brésil où, durant 5 semaines nous sommes allés en auto, de Rio à Ihla do guajiru, tout au nord à quelque 250 kms de Fortaleza (près de 3000 kms). Un fantastique voyage bourré de souvenirs et d’anecdotes rigolotes. Attachez vos ceintures, c’est le départ !

5 octobre

Une pluie fine et continue ce matin sur Las Terrenas, valises bouclées, l´heure du départ était arrivée et nous étions fin prêts. Direction la capitale !

Il faut croire que le tout Santo Domingo s’était donné RV dans les rues. Des bouchons de partout et cette clim. qui ne fonctionnait pas. L´horreur. Apres un temps infini, nous arrivons enfin au garage où une équipe très aimable, accepta de s’occuper de notre voiture pendant ce périple au Brésil. Super. Une secrétaire charmante appelle un taxi, il arrive, coince avec peine nos bagages contre son tank de gaz trafiqué. Direction aéroport. Au bout d’environ 20 minutes, Mimi est pris d’une angoisse. Heu, justifiée…J’avais oublié la mallette de l’ordinateur au garage, en plein milieu de nulle part. Demi-tour, taxi serein, Mimi un peu moins, on repart dans l’autre sens, bravant les sempiternels bouchons. Un bon 30 minutes plus tard, nous y sommes. Et, miracle, la mallette aussi. Ouf. Cette fois on part.

Un peu en avance, un peu affamés, nous dénichons au 1er étage de l’aéroport un nouveau resto fort acceptable.

Derniers instants d’attente, l’avion arrive à l’heure et c’est le départ. Vol assez agréable, malgré un avion bondé et une nourriture exécrable.

Petit réveil mouvementé : miss calamité (c’est moi) renverse son café au lait sur le pauvre Mimi…. tout de blanc vêtu et…de moins en moins serein.

Arrivée à l’heure à Rio. Prise de possession de la voiture. Avis, top, personnel sympa et compétent. Départ pour notre première étape, Buzios.

Un peu incrédule, Mimi me voit brancher le GPS et indiquer notre destination. Miracle, ça marche. Merci mon Ludo. On sort comme des fleurs d’un Rio de Janeiro en plein trafic de 8h du mat. Mimi est conquis, pas par moi (le café du matin est toujours sur sa chemise blanche) mais par Ludo.

9h30. Buzios dans toute sa splendeur. C’est craquant. On essaye une Pousada recommandée par Lonely Planet (merci Laurent), mais pas terrible. Une autre, située en plein centre nous attire. J’explore…. Conquise. C’est ravissant, raffiné, plein de jolies choses partout.

A vendre, Casa Yaque, coquette et atypique, une pépite à Las Terrenas

Un charme fou pour cette coquette maison au vaste potentiel, idéalement située à 500 m du Paseo et de la plage.

Nichée sur un vaste terrain arboré de 1200 m2 s’étageant de facon atypique sur différents niveaux, la propriété, très calme, se compose d’une maison principale, d’un bungalow en bardeaux facon casa dominicaine, d’un bungalow à aménager et d’une ravissante piscine.

Avec son petit air colonial et sa facade rythmée, la maison principale possède de sérieux atouts de séduction. Au rez de chaussée, sur 70 m2, un charmant séjour, une belle chambre avec salle d’eau et une cuisine. A l’étage, desservie par un majestueux escalier, une chambre et sa salle d’eau d’une surface de 25 m2 ainsi qu’une petite terrasse dominant la végétation.

Le bungalow de 25 m2 est des plus charmants. Avec ses bardeaux de bois, il se rapproche des constructions typiques dominicaines. Une chambre confortable avec sa salle d’eau et, à l’extérieur, sur le beau deck en bois une kitchenette pour des petits diners gourmands sous les étoiles.

Un second bungalow de 20 m2 est à aménager et juste à côté, un petit abri d’environ 12m2 occupe la fonction de buanderie.

La propriété qui nécessite quelques travaux d’embellissement, est vendue meublée. Avec son charme indéniable, sa position stratégique au cœur du village tout en offrant un vrai calme, proche des plages, elle saura devenir votre petit cocon douillet tout en s’avérant être également un excellent investissement locatif, ne serait-ce que grâce à ses deux bungalows.

Ajoutons à cela un prix tout doux 220 000 US$, et vous n’aurez plus aucune excuse pour ne pas vous précipiter pour une petite visite.

OUI, ou la plus folle des soirées blanches…

Eh oui, quelques mois plus tard, il a dit oui, j’ai dit oui. Une date, le 22 août, un lieu, ben le Syroz bien sûr. A l’époque, il était toujours le bb de Michel mais était tenu par celui qui devait être ma plus grosse déception… enfin, c’est du passé.

Les premiers invités furent nos enfants. Julien, mon fils, si loin en Australie. Pamela et Vanessa les parisiennes puis Joseph au Brésil ses enfants . Tous ont répondu présent, pour notre plus grand bonheur, même si leur séjour, venus d’aussi loin était ridiculement court. A la dernière minute, la jolie Karla, petite-fille de Mimi était des nôtres également.

Madame l’officiel a officié devant tous nos amis, francais, européens, canadiens, dominicains, d’ici, de là-bas. Ils étaient combien, 100, 200, je ne me souviens plus. Tous vêtus de blanc. Il y avait Astrid et Lionel, Colette et Serge, Luis, Orlando, Miguel, Jean, Alexandre, Pascal, Julio, Gérard, Claude, Lisa, Téo, Ludo, Babette, Sarah,Tatoo…. Et tous les autres. Le buffet succulent était signé Nadine et Véronique et le champagne coulait à flot. Nacho et un autre adorable DJ dont j’ai oublié le nom s’occupaient du son, minutieusement choisi en accord avec nos goûts, nos envies. La soirée fut fabuleuse, à la hauteur de l’événement et de notre amour. Le Syroz s’était fait beau, éblouissant de chaleur et de convivialité dans son décor féérique pour donner vie à la plus douce des soirées blanches dont mon tout nouvel époux avait le secret.

La fête s’est éternisée jusqu’au petit matin, une parenthèse enchantée qui restera dans les mémoires pendant très longtemps. Aujourd’hui encore, parfois au détour d’une rencontre, on me dit…. J’y étais.

 Il me reste des souvenirs et de très jolie photos…

La « rencontre » entre guillemets…

Ben oui, entre guillemets parce ce que nous nous étions déjà rencontrés bien des années plus tôt. Qui vivait à Las Terrenas, inévitablement connaissait Michel, indissociable de son Syroz.

La vie n’a pas toujours été tendre avec moi. En mai 2007, un cancer de la gorge a été dépisté chez Claude, mon mari. Après 3 mois de chimio, de radiothérapie, il est décédé en octobre des suites d’un traitement trop agressif. Je me retrouvai seule une première fois. Pour le coup, c’est mon amour pour les chiens qui m’a sauvé et rien que pour ca, ils seront toujours ma priorité.

Près de deux ans plus tard, alors que je m’étais reconstruite une petite vie douillette dans ma jolie maison avec tous mes toutous, 7 à l’époque, une amie me dit… « sais-tu qu’il y a quelqu’un qui rêve de toi… » Ben ca alors, première nouvelle… Si me dit-elle, c’est Michel du Syroz… Le ciel m’est tombé sur la tête. Pas possible de trouver quelqu’un de si différent de moi, de si incompatible, cherchez l’erreur. C’est un oiseau de nuit, je hais l’obscurité, me lève tôt, me couche avec les poules, jouis du soleil et déteste le bruit, l’alcool et les nuits sournoises où l’on s’escrime à refaire le monde.

Bref, je n’y pense plus puis je le croise dans la rue. Salut ca va… il parait que tu pars au Brésil… et si j’écrivais un petit papier sur toi pour le LT7, ce serait sympa… pas question… OK bon salut. Sauf que j’étais plutôt pugnace, non mais. Je l’aurais mon papier… et je me suis mise à me trouver « par hasard » sur son chemin, régulièrement. En même temps pas compliqué de le trouver, il passait une belle partie de son temps à boire des rosés avec ses potes sur le petit bar latéral du Bario Latino. Ca durait des heures… Au début, j’avais presque l’impression de m’incruster puis il s’est mis à m’attendre. On est même aller déjeuner ensemble, loin (pour lui qui ne dépassait jamais sa zone de confort, Paseo-Syroz-Paseo) à Popy… puis tout s’est précipité. Le Syroz était en gérance et la responsable d’alors, à ses débuts, était relativement réceptive et organisait des soirées sympas. Il m’a invité, une fois, deux fois. Paniquée par la nuit comme je l’étais, le suis encore, je me déplacais toujours avec ma petite malinoise Cheyenne, mon garde du corps, discrète et efficace. Aujourd’hui, Cheyenne a près de 17 ans et je la cajole, je la soigne comme la prunelle de mes yeux.

Puis l’idée est arrivée tout naturellement. Michel est venu s’installer chez moi dans ce qu’il allait très vite baptiser le Château de Feuilles. Au début, un peu timide entre ces murs qu’il n’avait pas choisis, il est vite tombé en amour pour ce lieu atypique, bohème, facile. Les chiens l’ont adoré de suite. Bien sûr, il n’a pas abandonné pour autant sa vie de patachon, Barrio le matin, déjeuner frugal à la maison (il a fallu établir des horaires, monsieur ne connaissait pas), après-midi bar de plage, soirée au Syroz… mais oui du coup je suivais et, mémorables dimanches avec le méga-Voleau-tour. Un parcours très alcoolisé qui nous menait de Popy au fin fond de Coson. Une connivence indispensable alors pour une vie tout en complicité où l’on ne s’habillait que de blanc.

En novembre, nous sommes partis pour la première fois ensemble au Brésil chez Joseph, son fils. A l’époque, j’avais la chance de pouvoir compter sur quelqu’un de sûr pour garder mes chiens en toute confiance.

Le Syroz

S’il est un endroit iconique qui, sans conteste fait l’unanimité, c’est bien le Syroz. Autochtones, Dominicains de la capitale ou d’ailleurs, résidents, touristes… jeunes, plus âgés, beautiful people, dandy, journalistes, vedettes…tous se pressent en ce lieu si différent avec en toile de fond l’infini de l’océan. Le décor est simple et authentique, quelques chaises et tables en fer forgé, blanches bien sûr, la couleur fétiche du maître des lieux, s’éparpillent sur le sable, à deux pas du clapotis des vagues. Rien de superflu mais une ambiance unique. Le son, disques ou DJ, sélectionné avec soin fait la part belle au jazz et à la musique bresilienne, chere au coeur de Michel. Les cocktails sont juste parfaits et les soirées douces et sereines s’éternisent jusqu’à pas d’heure. Le backgammon y règne en maître, les parties sont passionnantes et interminables. Les soirées blanches, symboles de fêtes absolues se déroulent toujours dans la bonne humeur et dans la retenue. Ici, nul débordement, inutile de danser sur les tables. On s’amuse avec intelligence et tellement de plaisir. Michel n’a pas son pareil pour inventer des moments d’exception. Cracheurs de feu, danses du ventre, jongleurs, musique en live, projections sur écran géant… les moments-bonheur se suivent et ne se ressemblent jamais. Le petit bar est devenu l’endroit incontournable qui ne désemplit pas. Il n’est pas rare que la nuit s’acheve assis sur le sable a guetter l’arrivee de l’astre du jour. Michel est ravi, il a retrouvé sa vie de la nuit qui lui sied si bien. Mais il sait rester discret tout en étant indispensable et s’entoure de personnes de confiance qui le secondent à merveille à l’instar de Sergio, directeur du bar lorsque pour la première fois je mis les pieds au village en 2003.

Cependant, les années passent et une certaine fatigue s’empare de Michel qui aimerait lever le pied. Son fils Joseph, brillant kite-surfeur qui poursuit sa carrière au Brésil vient lui prêter main forte mais repart vers son destin. C’est alors qu’une mise en gérance est envisagée et effectuée. Catastrophe. Le Syroz, c’est Michel. Point final. Sans lui, l’endroit aussi ravissant puisse t’il être perd tout son charme. La clientèle boude ce nouvel endroit trop plein de chichis qui ne ressemble plus en rien au petit bar si ravissant sur la plage. La gérance est brisée, viennent des responsables… pas mieux. Décidément, le Syroz sans Michel ne vaut pas un clou…

En 2012, le Syroz devient La Roulotte, un délicieux endroit au vrai goût de paradis… aujourd’hui, le XO l’a remplace, bien différent mais non dénué de charme.

La Roulotte, bungalow de charme sur la plage.

Et la vie s’articule à LT…

En 1985, Michel, victime d’un grave coup de foudre, pose ses valises à Las Terrenas. En ce temps-là, seuls quelques pionniers audacieux osaient s’aventurer dans ce petit village sans eau, ni électricité, sans téléphone ni moyens de transport. Il y fait cependant venir du Brésil sa compagne et son fils Joseph. Il tombe fou amoureux de l’endroit d’abord, puis d’une vieille bicoque sans grande allure, mais posée sur la plage. Une vague salle de billards en parpaings, plutôt sale et négligée. Il se l’offre pour quelque 15000 pesos, la consolide, la nettoie, la transforme et, conscient de l’attrait du village sur les étrangers, surtout les francais, il y crée la toute première Agence Immobilière de Las Terrenas. Puis, il en fait sa demeure. Un petit nid douillet en plein coeur du village mais tout à fait hors du monde. Katia sa compagne, beaucoup moins éprise du village que lui, préfère Santo Domingo, elle s’y installe lui laissant la garde de son fils. Eternel amoureux, bourré de charme, Michel, dans son doux cocon est loin d’être malheureux. Il multiplie les conquêtes et est toujours accompagné d’une jolie femme. Elles se succèdent plus ou moins rapidement auprès de cet homme d’exception qui sait par sa seule présence transcender leur beauté. Très vite les copains, de plus en plus nombreux, affluent dans la petite case sur la plage. La table de Michel est bonne, conviviale à l’image de son hôte et les apéros s’éternisent devant un panorama à couper le souffle.

C’est alors que l’idée jaillit comme une évidence. Il fallait transformer cet endroit en bar et en faire profiter tout le monde. On parle, réfléchit jusqu’à pas d’heure, on s’invente une nouvelle histoire, on choisit le nom, Syroz, en souvenir des années brésiliennes, on convoque Pablo et sa tronconneuse, on met une musique adéquate, la Walkyrie de Wagner, à fond pour bien situer l’ambiance et l’on tronconne le petit bar en bois qui d’un coup s’ouvre sur la plage. C’est ainsi que la petite maison au bord de l’eau se transforme en un bar qui deviendra iconique. Le Syroz est né.

Le lieu est authentique, le décor grandiose et les cocktails incroyables, la caipiriña y acquiert ses lettres de noblesse surtout lorsqu’elle se marie à la fraise. On y joue au backgammon jusqu’au bout de la nuit. Le jazz et bien sûr la musique brésilienne sont de tous les instants. Les anniversaires mémorables, tout de blanc-vêtus marquent les esprits à jamais. Des fêtes grandioses mais nul débordements, classe et festives. Très vite, expatriés de tous poils, intellos, épicuriens, jolies femmes et jeunes dandys y établissent leur quartier général et le Syroz devient le bar de prédilection des « Beautiful People » d’ici ou d’ailleurs, l’endroit incontournable pour voir et être vu. Les célébrités de passage en font leur quartier général, à l’instar de Charlotte Rampling qui succomba, bien évidemment au charme dévastateur du maître des lieux et dont Michel ne fut pas loin de tomber amoureux.

Las Terrenas: zoom sur un village en pleine mutation.

C’est indéniable. Depuis quelques petites années, Las Terrenas a le vent en poupe. Longtemps destination discrète, voire secrète, un engouement, une frénésie, un tourbillon incontrôlable s’est empare du petit village sous les cocotiers. D’aucun diront tant mieux, se frotteront les mains satisfaits, d’autres n’y verront qu’une foultitude de déconvenues, sorte de mise à mort inéluctable d’un passe chéri.

Mais, penchons-nous un peu, loin des reportages publicitaires un brin surfaits et insensés, sur ce qu’est vraiment le Las Terrenas d’aujourd’hui. Celui qui, bon an mal an nous accueille, nous réjouit, nous angoisse et nous crispe parfois.

Avant cela, une dernière fois, plongeons-nous, avec délectation dans ce que fut le LT ou Laste d’alors. Au temps ou aucune voie rapide ne servait de cordon ombilical entre le village et la capitale. Au temps ou des poltron minet, on embarquait dans un taxi brinquebalant, muni de son doux oreiller, histoire de prolonger un peu une nuit trop courte. Long voyage de 6 heures, 5 heures au mieux en frôlant la catastrophe, virevoltant au-dessus des nids de poules, excèdes de ne pas voir le bout de ce trajet languissant…

Ou bien, nous avions l’avionnette. Un improbable aéroport de campagne, un vieux coucou béni des Dieux, un pilote sous emprise et 20 minutes de trajets à grands coups de « je vous salue Marie » ou de « Notre père ». Peu d’accidents cependant mais quelques-uns quand même qui ont fait verser bien des larmes.

C’etait avant…

Merci et pardon de mon audace. Les sublimes photos du passe sont toutes chipées au site Las Terrenas.

Beaucoup d’endroits dans le monde ont suscité ou suscitent de réels engouements. Plages immenses et désertes, cabanes de guingois au charme fou, douceur de vivre au rythme des tropiques…. On est envoûté, mais, souvent, on se lasse et l’on retourne vers son pays natal. Or, la majeure partie de tous ces précurseurs, de tous ces francais qui, un beau jour, il y a 40 ans ont découvert ce petit coin de paradis qu’est Las Terrenas, sont restés ancrés ici, certains à temps plein, d’autres une partie de l’année, amoureux comme au premier jour du village, de la beauté de ses paysages, de la nonchalance du quotidien, de son humanité.

Le tout premier « gringo » tombé sous le charme de Las Terrenas est Jean Desdames, dit Jeannot el Francese. Marié à une américaine, fille de l’ambassadeur des USA à Santo Domingo, c’est un peu par hasard qu’il est arrivé jusqu’ici. Mais, c’est en toute connaissance de cause qu’il s’y est implanté. Avec son copain René Techer et sa femme Anny, il crée le Tropic Banana.

Le Tropic Banana

Très vite, la réputation de douceur de vivre de Las Terrenas franchit l’océan et les premiers francais, avides de changement débarquent. Le Tropic Banana devient leur refuge et leur point de ralliement. Hôtel de charme et bar « à la mode », les « anciens » aiment à se remémorer les soirées inoubliables passées à faire la fête au son de l’orchestre de Coseco et de Papon. Les grands jours, Mariana Vanderhorst (ex madame le maire) et ses soeurs enflamment le public dans un incroyable show. Les grandes bières et les Cuba Libre coulent à flot et les soirées s’éternisent jusqu’à pas d’heure.

Autre rendez-vous incontournable de ce temps cher au coeur de Michel, le Nouveau Monde et son mélange insolite de nationalités, de sexes et d’âges. Bon, c’est vrai …les soirées interminables, un peu trop arrosées, se terminent souvent en bagarres générales, toutes nationalités et tous sexes confondus…..

Les premiers commerces

C’est Claude Breard, aujourd’hui décédé et son épouse Bernadette (pharmacie du Paseo) qui eurent l’idée lumineuse d’ouvrir la toute première boutique « chic » au village : La Gâterie face à l’actuel Paseo. Bien achalandée grâce à des produits inédits à l’époque, dénichés à la capitale, elle fit très vite le bonheur des expats de tous poils. Fanfan et Hélène ouvrirent la Salsa au Village des Pêcheurs, Paco et Sarah, sa jeune femme dominicaine fondèrent le Pacocabana, d’autres, comme Anne et Stéphane choisirent d’installer leur petit lolo à la Bonita.

Une vie de boheme

S’il n’y avait pas de route goudronnée, pas d’électricité, pas de téléphone, peu d’autos à part une ou deux guaguas brinquebalantes qui réussissaient bon an, mal an, à se trainer jusqu’à Sanchez en empruntant une piste improbable, la vie était délicieusement douce dans ce petit village éloigné de tout. Bermudas décontractés, paréo pour Michel débarqué du Brésil, les pieds nus… on vivait d’un rien sans vraiment se soucier du lendemain. La jeunesse dorée de Santo Domingo fut très vite attirée par cet endroit qu’elle connaissait peu, par ses plages magnifiques, ses paysages paradisiaques et surtout par ces francais d’un autre monde et leur cuisine si « exotique », véritable choc culturel, exquise découverte. Parmi les afficionados, Pedro Quatrain, Oscar Orsini, Litvinnof Martinez ou encore Miguel Polanco que Michel appelait amicalement « le meilleur couturier du monde » vu la qualité des délicates « réparations » qu’il effectuait jour et nuit sur ces fous d’étrangers. Sans oublier le seul juge-avocat-notaire de l’époque Raoul Languasco, figure incontournable, un brin fantasque, que tout le monde connait à Las Terrenas

L’école francaise

Peu à peu, la vie s’organisait, de jeunes couples débarquaient et …des enfants naissaient. L’idée d’une école se transforma bien vite en réalité. Une petite cabane de bois à l’emplacement de l’actuel Paseo accueillit bientôt 4 ou 5 bambins. Les cours du CNED y étaient dispensés par des répétiteurs recrutés parmi les nouveaux venus. L’Ecole Francaise était née. Elle fut le véritable déclencheur de l’arrivée en masse des francais à Las Terrenas, puis d’autres nationalités, hollandais, anglais, allemands, espagnols, américains et canadiens….

Conscient de l’incroyable attrait de l’endroit, Michel, bien avant de devenir le roi de la nuit avec son incontournable bar Le Syroz, s’improvisa agent immobilier, le tout premier au village. La cohabitation entre dominicains et étrangers se passait à merveille, sans heurts et dans le plus grand bonheur. En 1994, Oscar Orsini, afficionado des premiers jours créa Luz y Fuerza et donna la lumière à Las Terrenas. Les commerces et services se multiplièrent, les cabanes du Village des Pêcheurs s’inventèrent une nouvelle vie, les restos fleurirent de partout, quelques routes en dur furent ébauchées …la vie se structurait.

Las Terrenas.

Oui mais… Apres quelques années idylliques au Brésil avec femme, enfants, job bien cool dans le cinéma, la pub, les magazines, ce globe-trotter invétéré ressent comme des fourmis dans les jambes. Il est temps de bouger. Parmi la faune qui tourbillonne autours du monde du ciné, quelques individus interlopes ont tôt fait de lui mettre dans la tête qu’il y avait quelque chose à faire du côté du Canada. Discothèque, restaurant, casino…. On n’attendait que lui… Bon public, Michel saute dans un avion et se retrouve au Québec. Un peu frisquet mais bien sympa. Il furète de ci de là, entre en contact avec des hommes d’affaire un brin louche, y croit, se revoit dans sa vie de la nuit avec grosses autos et jolies filles… Notre rêveur insatiable se sent déjà en place, le nouveau magna des divertissements nocturnes de Montréal. Sauf que l’argent est loin de couler à flot, les robinets sont fermés. Bon ben non, adieu Montréal.

Pendant ce temps, son ex, ses filles et Oscar son nouveau compagnon ont eux-aussi quitté le Brésil pour une nouvelle terre d’aventure, la République Dominicaine, plus précisément la capitale, Santo Domingo. Jamais très loin l’un de l’autre, les deux ex-retrouvés communiquent et Michel décide de rendre visite à ses filles.

Nous sommes en 1985 et le tourisme dans le pays en est encore à ses balbutiements. Il y a tout à faire pour un aventurier audacieux. Convaincu par son ex qu’il y a vraiment une opportunité à saisir au nord-est du pays, Michel loue une moto et par à l’aventure. Direction la péninsule de Samana …  direction Las Terrenas. De pistes en pistes, le trajet est long, périlleux mais les paysages tout au long du chemin sont justes époustouflants. La végétation est bouleversante et d’emblée, Michel tombe sous le charme de Las Terrenas. En ce temps-là, seuls quelques pionniers, doux rêveurs, osent s’aventurer dans ce délicieux petit village de pêcheurs bercé par l’océan, mais sans eau, ni électricité, sans téléphone ni moyens de transport. Très vite, tombé amoureux fou de l’endroit, Michel fait la connaissance de Jeannot, un francais propriétaire de l’hôtel Le Tropic Banana, de René et de Paco. C’est l’année du tournage de Christophe Colomb au village. Michel qui ne perd pas le nord, décide de créer sur la plage un petit kiosque en palme, petit bistrot de charme pour l’équipe du film. Une fois encore, son ex vient à son aide et lui fait parvenir l’argent nécessaire à son projet. La petite case toute mignonne voit le jour… elle n’a jamais été un bistro mais juste la toute première maison de Michel, sans eau, sans électricité, il se lavait dans la mer et savourait le bonheur d’être juste là, au paradis, les pieds dans le sable. Plus tard, notre aventurier vivra dans une autre case à la place de l’actuel Paseo avant de dénicher l’endroit mythique qui sera à jamais lié à son image.

Merci a Daniel et au site Las Terrenas pour les images.

Adieu Afrique. Bonjour Bresil.

Et puis, un jour, la réalité de la situation lui saute aux yeux. Il était aventurier mais pas suicidaire. Or, la vie à Djibouti était de plus en plus osée, voire risquée. Les affars et les issas s’entretuaient allègrement. Les bains de sang étaient légion et peu importait qui se trouvait au milieu de leur haine. Il était temps pour Michel de dire adieu à l’Afrique qu’il aimait tant et de se trouver un autre point de chute.

Pendant ce temps-là…

Son associé avait vendu le Viking et tentait tant bien que mal de combler les trous d’argent laissés par Super-Mimi… Son ex et ses deux petites filles étaient parties vivre en Martinique. Courroucée devant l’attitude irresponsable de Michel, son ex avait tout simplement dit à ses filles que papa était mort…

Destination Brésil

C’est un pays qui l’attire, oui, ce sera le Brésil et ce sera Rio. A peine débarqué, il saute dans un taxi, destination le Sheraton Hôtel. En voyageant aux quatre coins du monde, Michel avait appris qu’il n’y avait jamais de surprise avec cette prestigieuse chaîne d’hôtel. Une douche rapide puis, histoire de décompresser de ce long voyage, direction le bar… Où il avait rendez-vous avec son avenir… Au pied de son tabouret, une délicate écharpe de soie. Il la ramasse et respire son parfum discret. La porte du bar s’ouvre et une superbe femme pénètre dans les lieux. Brune, grande, classe… elle est cinéaste et avec sa compagnie, ils ont tourné une scène dans l’hôtel, la séance ciné a duré tard et au moment de partir, Katia a oublié son écharpe. Grand seigneur, grand charmeur, Michel tend l’écharpe à la belle apparition. Coup de foudre ? Peut-être. Coup du destin, sûrement. Le lendemain, Michel quitte l’hôtel et s’installe chez Katia… Commence alors une douce vie bien loin du tumultes des querelles africaines. Tout naturellement, il plonge dans l’univers du cinéma et devient photographe de plateau. Son charisme opère de nouveau et la qualité de ses clichés attire l’œil d’un magasine puis d’un autre. Il se lance alors dans la photo de charme pour des titres comme Playboy ou Lui…

Il est heureux dans sa nouvelle vie avec une femme juste un peu décalée comme il les aime et tout naturellement, ils décident d’avoir un enfant. Joseph (Jojo) naîtra en juillet 1980.

Du coup, l’envie est venue à ce tout nouveau papa-poule de renouer avec ses deux filles. Il contacte son ex qu’il n’avait vraiment jamais perdu de vue. Elle débarque à Rio, rencontre un nouvel amoureux, Oscar. Mais, si les deux ex se retrouvent, il faudra un long moment avant qu’il ne renoue avec ses filles arrivées quelques mois plus tard, toujours persuadées qu’il était mort. La famille est ravie de sa nouvelle vie, aidée d’Oscar, les voilà lancés dans l’import-export. Ils impriment T-shirts, paréos, confectionnent des bijoux. Le tout remporte un grand succès à tel point que Michel est bientôt embarqué dans l’aventure alors que ses photos sont moins tendance. Un beau jour enfin, c’est la rencontre avec ses filles. Beaucoup d’émotion, d’incompréhension puis d’amour. Les deux familles qui vivent tout près l’une de l’autre ne se quittent plus. Et c’est sous un ciel sans nuages que se déroulent les années brésiliennes d’Ipanema à Santa Thérésa. Il tombe en amour pour la musique brésilienne et dessine dans son inconscient son futur Syroz, bar emblématique de Rio, de Vinicius de Morales et Antonio Carlos Jobim, créateurs de l’incontournable Garotta de Ipanema.

Michel et ses trois enfants, une periode heureuse.
Michel et Pamela.

Le second coup d’cœur

Vous vous souvenez, son premier coup d’cœur fut pour le Sahara. Et bien le second, tout aussi intense fut pour le Carnaval de Rio oscillant entre émotion et folie. Cette immense bacchanale hédoniste et exubérante attire chaque année des millions de visiteurs ébahis devant les spectaculaires parades costumées, ou les fêtes de rues déjantées. L’apogée des festivités est marquée par la parade multicolore qui défile dans le Sambódrome, avec des chars géants, des percussions envoûtantes et des danseurs survoltés. Michel est hypnotisé et gardera toujours le souvenir de ces moments intenses. Bien sûr, c’est avec délectation qu’il gravera ces instants sur la pellicule. De superbes images, malheureusement aujourd’hui détruites.

1976 . La rupture.

Le début des années 70 est pour le moins voluptueux mais aussi tumultueux pour Michel. Au sommet de da notoriete, grisé par le succès du Viking, il dilapide à qui mieux mieux des sommes folles qu’il possède … ou pas. Ses grosses cylindrés, ses costumes londoniens sur mesure, ses conquetes d’un soir… lui coûtent une fortune. Sa splendide jaguar lui a même presque couté la vie lorsque pourchassé par sa femme en furie, lassée de ses frasques à peine cachées, la belle auto s’est prise pour une attraction foraine en faisant plusieurs tonneaux sur une petite route de Bretagne. Peu de temps après cette chasse poursuite qui aurait pu mal finir, en 1975, un divorce est prononcé. Le Viking est mis en gérance, c’est au Bateau Lavoir, son nouveau joujou que Michel poursuit sa vie d’homme de la nuit.

Mais, les temps sont difficiles. Le gérant du Viking s’avère être un homme de peu de foi, IL ne respecte pas le deal et oublie de payer ce qu’il doit à Michel et tant qu’à faire, mène le bel établissement à sa perte. Ca commence à coincer côté sous d’autant plus que la redoutable URSSAF qui ne fait pas de cadeaux, se rappelle au bon souvenir de Michel qui a tout simplement ‘’oublié’’ de régler quoi que ce soit à l’organisme belliqueux. Faut dire qu’il n’a jamais été un homme d’argent, enfin disons qu’il ne s’est jamais préoccupé d’où lui venait l’argent et à quoi il devait servir. Michel, l’électron libre dans toute sa splendeur se trouve bientôt acculé. Moralement, il est également très atteint par la maladie de sa maman, un terrible cancer des poumons en phase finale, alors qu’elle n’a jamais fumé qu’une cigarette le soir de Noel. Cette injustice ne sera pas étrangère à sa déraisonnable consommation de tabac…

1976, c’est la fuite. Il se fait conduire par un cousin à l’aéroport de Roissy. Là, d’un coup d’œil, il repère le vol le plus proche pour s’envoler le plus loin. Ce sera Les Seychelles. Le vol décolle dans 2 heures. Il n’a que peu d’infos sur cet archipel lointain mais, fort de son expérience de photographe des pays agités, il sait que là-bas dans cet environnement paradisiaque, le métissage est roi. Chacun respecte l’autre, qu’il soit blanc, jaune noir ou métissé. Les familles elles-mêmes sont d’heureux mélanges colorés. 90% des Seychellois parlent le kréol seselwa (créole seychellois) que l’on apprend en premier à l’école suivit du français et de l’anglais.

Michel s’installe à Victoria, la capitale, sur l’île de Mahé. Très vite il tombe amoureux d’une jeune et bien sûr jolie mannequin tournant dans le célèbre film Emmanuelle. Et c’est tout naturellement qu’il replonge dans la joie de la photographie, se délectant de la beauté nature de scènes de rues, de paysages d’exception, mais aussi de photographies du tournage de ce film iconique. Michel ouvre la première galerie d’art de Mahé. La vie s’écoule tranquille entre ses amours, ses amis, ses découvertes. Inutile de vous dire que du côté de la France, la stupeur est intense. Plus personne n’a de nouvelles, ni son ex, ni ses filles, ni son associé du Viking. Silence radio et le cousin complice conserve un silence d’outre-tombe et jamais ne le trahira. Malheureusement, la vie idyllique prend fin subitement en 1977 lors d’un coup d’état sanglant. Michel qui a si bien su s’intégrer dans les différentes couches de la société seychelloise n’est pas en odeur de sainteté avec le principal fauteur de trouble, futur nouveau président de la république. C’est grâce à la complicité de sa petite amie mannequin et toute la troupe du tournage du film Emmanuel qu’il réussit à s’enfuir de l’île dorénavant hostile.

La maison d’Emmanuelle

Il se retrouve à … Djibouti qui vient tout juste de proclamer son indépendance. L’ex-territoire français se libère du joug de la puissance coloniale et d’emblée fascine le photographe. Il tombe en amour de ce bout d’Afrique et vit une année fantastique à Djibouti avec … un guépard génial adopté tout bébé et dont il a toujours parlé la larme à l’oeil.  Il se souvient avec émotion des coups de pattes câlins du matin au réveil puis des balades, lui en 4L et le guépard courant à toute vitesse derrière le véhicule, les deux prenant un plaisir fou. Il se lie d’amitié avec les gars de la légion étrangère qui aiment ce francais cocasse. C’est à eux qu’il confiera son guépard lors de son départ. Il fréquente assidument un prestigieux établissement très tendance, Le Bar du Palmier en Zinc. Fin 1977, un attentat sanglant, revendiqué par des éléments Afars, l’une des deux principales ethnies du pays, détruit le café. 2 morts dont un francais… Une nouvelle avait fuité du côté de Nantes, on aurait vu Michel à Djibouti du côté du bar en question. Il n’en faut pas plus pour imaginer le pire.

Le Bar du Palmier de Zinc . Djibouti.
Amoureux de son beau guepard…