Tu te souviens, ma soeur…

…moi je me souviens. Par bribes, en vrac, sans aucune logique de temps, de lieu… de toute petite à plus grande. La maison de bois noir, près de l’étang, les toilettes au bout du jardin, le poulailler, la remise je disais la r’mise, la redoutable trappe qui descendait vers la cave noire, humide, terriblement inquiétante… j’me souviens toute mini bb, tu me trainais plus que me promenais dans une poussette ringarde jusqu’au bord de la Moselle où tu retrouvais tes copains… même qu’un jour tu m’y as oubliée… J’me souviens de «la » Muguette, ta copine, un prénom qui me fascinait… on partageait la même chambre toi et moi, TA chambre et sur les murs des photos de Brigitte Bardot et du beau Jacques Charrier, j’étais amoureuse et passais des heures à le regarder en me faisant des films… quand tu as commencé ton premier job, à Corny je crois, tu as eu droit à un Solex, merveille des merveilles, moi j’avais juste mon vieux p’tit velo… du coup tu es devenue grande aux yeux des parents, ils te passaient tout, déjà que du plus loin que je m’en souvienne j’étais l’erreur, la pas voulue, la mal aimée, tu es devenue si tu ne l’étais déjà la prunelle de leurs yeux… la grande qui bossait…. Nous étions quatre dans la famille, comme les quatre filles du docteur March … la grande mariée depuis longtemps, 20 ans de plus que moi, puis ma Nénène, ma chérie, mariée elle aussi, 15 ans de plus que moi puis toi, 10 ans de différence, l’objet de toutes mes jalousies…

Puis tu t’es mariée, du coup, les parents t’ont laissée vivre dans notre baraque de bois que j’aimais tant, mon refuge … j’ai abandonné mon école, mes amis d’enfance et nous sommes partis pour l’endroit qui m’a le plus fait flippé dans ma vie. Villers sous Prény. Une campagne morbide loin de tout, une centaine d’habitants et quelques sales mômes qui se moquaient de tout, de mon prénom, de mes parents trop vieux… Des années moches… je partais, dès que je le pouvais passer des vacances chez mes sœurs, ma Nène, mais aussi chez toi. Tu avais déménagé et vivait à présent plus près de la ville à l’étage, j’aimais bien. Il y avait un petit jardin et une fille qui s’appelait Bérangère… le soir ton mari et toi buviez du Champagne à l’orange (même que j’y ai gouté) et nous nous régalions de sublimes « Nids d’amour », une pâtisserie qui me fait toujours frétiller les papilles, en chantant à tue-tête sur le dernier 33 tours de Michel Polnareff …

Le temps a passé, tes filles sont nées, leurs filles sont nées, nous nous sommes retrouvées voisines de boulot un temps à Metz, trop drôle, un immeuble nous séparait… puis le temps a accompli son œuvre… tu as vécu ta vie à 100%, de balades en voyages, tu excellais et t’épanouissais dans ta jolie boutique de lunettes. Tu virevoltais, rayonnais… je t’ai revue pour la dernière fois en vrai il y a 19 ans lors de mon dernier voyage éclair en France. Je t’ai revue en vidéo en juillet le jour de ton anniversaire… tu n’allais pas très bien mais tu semblais heureuse de me voir… et moi aussi, tellement.

Et puis, tu es partie, dans la souffrance, hier…. Repose en paix ma sœur, tu te souviens….

Les quatre soeurs

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