Mieux qu’un joli conte…. Une belle histoire de solidarité….

 

Il y a 16 ans, au hasard d’une balade, nous découvrions ce chemin presque secret, très bucolique, comme une parenthèse enchantée. Un petit chemin de traverse entre la mer et l’inconnu, presque entièrement bordé de cocoteraies, de champs de potirons, de terrains vagues squattés par des vaches maigres, quelques chevaux….. Coup de foudre. C’était le lieu idéal, idyllique petit nid douillet pour un joli château de feuilles….

16 ans plus tard, le chemin bucolique s’est métamorphosé en « avenue » très fréquentée. Les espaces sauvages ont fait place à des immeubles aussi hauts que les antiques cocotiers, des villas select ou pas, des lotissements serrés, serrés, des….. murs pour d’autres lotissements serrés, serrés…… et au milieu mon château de feuilles. La rue, idéalement située tout près de la mer et proche du village est le repaire de dominicains, français, allemands, espagnols, suisses, italiens, canadiens, américains, russes….Espace multi-color et multi-culturel, elle abrite tout en douceur et en harmonie des autochtones, des résidents, des oiseaux migrateurs, des vacanciers, des dominicains de la capitale en goguette…. mais aussi beaucoup de chihuahas, de chiens de coco rescapés, de bichons maltais ou pas, de bergers belges ou allemands…. sans oublier un bel escadron de pintades exubérantes, des poules insolentes, des oies et des canards….Bref, un joyeux remue-ménage. Et le chemin qui n’a d’avenue que le nom s’est tellement détérioré au fil des ans et des nouveaux venus qu’il en est devenu pratiquement impraticable…. Des trous, des bosses, des flaques, des tas de gravats, un chemin déplorablement écorché à vif. A pieds, dès qu’il tombe trois gouttes, on risque sa vie à chaque pas dans une boue épaisse et nauséabonde, en moto, la chute n’est jamais bien loin et en auto…. ah en auto….. bon, c’est sûr on n’est pas obligé de rouler dans une golfette toute blanche…. En l’occurrence la mienne, fort contrariée en a pété un câble, c’est le cas de le dire et m’a laissé en rade au beau milieu du cloaque…..

Mais, c’était compter sans la pugnacité d’un des nouveaux arrivants. Alain, à bout de nerfs a pris le taureau par les cornes et les riverains par la main. Comme un beau diable, en compagnie de Nilda, ils ont commencé leur périple en s’adressant tout naturellement à notre maire. Celui qui n’hésite pas à offrir au village la plus incroyable des portes d’entrée, qui aime les jolies choses au point de solliciter peintres en herbe ou artistes confirmés pour réaliser de ravissantes fresques sur chaque mur délabré … celui-là sera certainement partant pour réparer un chemin apocalyptique…. Ben non. Flop complet, monsieur le chef du village ne se sent pas concerné….. S’ensuit alors une course aux idées, aux entreprises d’ici ou d’ailleurs, aux devis sérieux ou fantaisistes. Nos deux compères, plus décidés que jamais ouvrent un compte commun et frappent aux portes des riverains…. Et, à coups de sourires, de charisme, de mots justes et de démonstrations pertinentes, le miracle se produit. Pratiquement toute la rue est OK pour participer aux frais de réfection de ce chemin-verrue pour un faire quelque chose de joli, solide et pratique. Ca prend des mois de galères et de réunions. Alain ne compte pas ses heures…..

Mais, nous sommes au bout du calvaire et à l’aube de la résurrection. Les travaux, colossaux, ont débuté vendredi 15 mars, notre samedi-détente s’est avéré fort bruyant. Les engins de chantier les plus sophistiqués s’étaient donnés rendez-vous devant notre porte pour notre plus grand bonheur. Car, oui, leurs pétarades tonitruantes, leurs accélérations saccadées et leurs coups de klaxon intempestifs nous étaient doux à l’oreille. Tout bientôt, je pourrai ressortir ma golfette capricieuse, ravie de découvrir pour la première fois de son existence commune avec moi un beau chemin lisse, propre, sec, délicatement enrobé de jolis gravillons.

Et voilà, toute l’équipe, sous l’oeil suspicieux d’Alain a bossé tout ce dimanche depuis potron-minet et ce soir à 6h, le miracle tant attendu. L’Avenida Los Corales, toute pimpante et proprette mérite enfin son nom, les arbres eux-même sourient de toutes leurs feuilles.

Encore un grand merci Alain et Nilda. Comme j’ai eu l’occasion de te le dire, Alain, beaucoup, et moi la première, sommes très fort pour râler et balancer nos mots d’oiseaux pour qualifier l’insupportable état de notre environnement. Mais, peu ont le courage et l’audace d’agir avec toute l’énergie que cela entraîne pour résoudre les problèmes. Une belle leçon de ténacité, de courage et une belle histoire de solidarité.

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