Délicieusement chaotique, la petite histoire de la Péninsule de Samana….

Au détour d’une balade-plaisir sur le net, aussi délicieuse qu’informelle, je suis tombée nez à nez avec le récit épique et savoureux de Susan Grady relatant un épisode oubliée de la péninsule de Samana. Il y est question d’Americanos de Cocolos, de pirates et même de Bonaparte.Et si la chronologie des faits est aléatoire, si le fil du temps se joue des dates et des siècles,  surfant à l’envi sur les circonstances, le récit haut en couleurs est définitivement bon enfant et plein d’intérêt. Je vous le restitue sans ambages, traduit de l’anglais par mes soins et avec mes mots. Bonne promenade.

Susan Grady était l’épouse de Dane Bowen, conseiller économique à l’ambassade des Etats-Unis de Saint-Domingue de 1974 à 1978. Au cours d’un périple dans le pays, par le plus grand des hasards, il arrive à Las Terrenas et tombe immédiatement en amour pour le délicieux petit village. En 1977, il y construit sa maison derrière l’actuel Casa Nina et devient le tout premier gringo à s’installer dans le village. Avec Suzan, ils y passent 3 mois par an de 1978 à 1999…

Susan nous raconte la péninsule.

Samana, les premiers balbutiements….

La péninsule de Samana occupe le quart Nord-Est de la République dominicaine. Luxuriante, mystérieuse, éblouissante, elle a été le témoin privilégié d’un moment oublié dans l’histoire du Nouveau Monde.

Dans les années 1820, des milliers d’esclaves américains se sont enfuis des USA et sont arrivés à Samana n’emportant dans leur maigre escarcelle que leur culture et leurs coutumes. Ces « Américanos « , nom toujours attribué à leurs descendants se forgent une vie tranquille et simple, bien loin du balbutiement du monde moderne jusqu’à la construction d’une route en 1969, reliant Samana au reste du pays. Anomalie culturelle, avant-poste protestant anglophone dans un pays catholique hispanophone, Samana abandonne cependant vite son identité de relique anthropologique lorsque les premiers visiteurs européens font leur apparition. La ville, la péninsule, la baie… Samana avec ses près de 150 kms de côte splendide possède tous les ingrédients pour devenir une superbe station balnéaire des Caraibes, ravissante et paisible blottie entre des montagnes à pentes douces et les eaux calmes de la majestueuse baie.

Très vite le gouvernement dominicain s’intéresse au fort potentiel de la région et dès 1970, Il élabore un plan de développement. La vieille ville en bois est détruite, à l’exception de l’église méthodiste et une nouvelle ville en dure est construite, incluant deux hôtels gouvernementaux. Cependant, l’engouement du gouvernement s’étiole aussi vite qu’il avait pris corps et ce sont des investisseurs privés qui reprennent les rênes.

Le meilleur moment pour ressentir l’émotion culturelle palpable à Samana se situe lors de deux événements religieux, la Semaine sainte juste avant Pâques et fin novembre lors de la célébration de Santa Barbara. Au cours de ces périodes, des milliers de paysans de la campagne viennent dans la ville qui prend des airs de Rio de Janeiro au temps du Carnaval. Il y a des processions, des danses, des jeux et des concours, certains en anglais, d’autres en espagnol et d’autres en créole haïtien, un mélange de mots africains et français. Le peuple s’amuse, rie, boit, chante, danse le meringue, la musique nationale dominicaine.

C’est en 1493 qu’a débuté l’histoire des interactions culturelles de Samana. La première escarmouche avec l’Europe eu lieu le 12 janvier 1493, lorsqu’une armée d’Indiens Tainos n’a pas hésité à tirer une pluie de flèches sur le navire de Christophe Colomb le forçant à rebrousser chemin. Le site où cela s’est produit, le golfe des Flèches ou Bahia de las Flechas se situe à environ 2 kms  à l’est de la ville de Samana.

La région était un repaire de pirates jusqu’à la création de la ville de Santa Barbara de Samana en 1756 par des habitants des îles Canaries, transportés sur le lieu par le gouvernement espagnol afin d’empêcher les Britanniques de s’y installer. Quand Haïti, qui partage l’île d’Hispaniola avec la République Dominicaine, a déclaré son indépendance de la France en 1804, de nombreux propriétaires de plantations françaises et leurs esclaves ont quitté Haïti et se sont à leur tour rendus à Samaná.

Et, c’est à Samana toujours que Napoléon Bonaparte avait pour ambition de construire une capitale pour son nouvel empire mondial. Il avait des plans pour une nouvelle ville qui s’appellerait Napoléon City, mais l’arrivée des  Britanniques a contrecarré ses plans. En 1822, Haïti envahi la République dominicaine et l’occupe pendant vingt-deux ans. Ce fut une occupation sanglante.

L’événement le plus important dans le développement de Samaná s’est produit à cette époque. Le leader d’Haïti, Jean Pierre Boyer, est entré en contact avec des groupes abolitionnistes à Philadelphie, en Pennsylvanie, aux Etats Unis et a payé de grosses sommes d’argent pour qu’ils envoient à Samaná par bateau tous les esclaves libérés qu’ils pouvaient. Il a également payé leur réinstallation à Samana, prétextant qu’il voulait aider les esclaves à obtenir leur liberté, mais en fait ayant seulement comme ambition cachée de tenter de  repeupler cette zone sur laquelle il avait pris le contrôle avec des gens qui le soutiendraient. Près de six mille anciens esclaves ont fait le voyage des États-Unis à la République dominicaine. Beaucoup sont morts à Samana ou sont retournés aux États-Unis ne pouvant s’adapter aux changements climatiques et culturels. Environ deux mille d’entre eux sont restés à Samana et ont prospéré.

Sur place, ces immigrants ont conservé leurs traditions culturelles. Ils dirigeaient leurs propres écoles et entretenaient des églises protestantes (principalement méthodistes). Rafael Trujillo, dictateur de la République dominicaine de 1930-1938 et 1942-1952, n’a pas aimé l’indépendance culturelle de Samana. Il a introduit la langue espagnole dans Samana et a forcé le peuple à la parler. Quiconque était suspecté de parler anglais était abattu publiquement. La plupart des gens de Samana aujourd’hui sont bilingues. L’anglais parlé est un anglais familier, celui pratiqué par les esclaves dans le sud des États-Unis il y a un siècle. Beaucoup d’Americanos ont des fermes dans de petits villages de montagne dans toute la péninsule de Samana. Ils cultivent des noix de coco, du café, du cacao, des mangues et des agrumes qu’ils vendent.

De retour à Las Terrenas

En 1824, un navire, le Turtle Dove, rempli d’esclaves libérés des États-Unis a quitté Philadelphie. Le navire avait été acheté par deux sœurs protestantes du nom de Freeman qui étaient de la foi religieuse quaker protestante. Le navire naviguait vers le Libéria, un pays d’Afrique de l’Ouest fondé par des esclaves américains libérés en 1820. Il y a eu une grosse tempête dans l’océan Atlantique devant Las Terrenas et le navire a coulé. Les esclaves libérés ont alors nagé vers Las Terrenas. Ils parlaient anglais. Leurs arrière-petits-enfants vivent encore à Las Terrenas et parlent la même langue. On les appelle cocolos. Le dimanche, vous pourrez assister à un service religieux dans une église épiscopale méthodiste africaine (AME) dans le village d’El Limon près de Las Terrenas. Vous y entendrez des gens chanter des hymnes spirituels américains en anglais.

Entre la Première et la Seconde Guerre mondiale, une famille polonaise-juive nommée Paiewonsky a acheté beaucoup de terrain à Las Terrenas. Ils ont construit des magasins généraux dans toute la République dominicaine et sont devenus très riches. Dans les années 1940, ils ont amené un dominicain nommé Señor Peña de Puerto Plata pour travailler pour eux sur leur ferme. Il est venu en bateau de Puerto Plata à Las Terrenas. (Il n’y avait pas de route sur la montagne de Sanchez à Las Terrenas jusqu’en 1969.) En plus des fruits et légumes, cette famille juive avait des plantations de noix de coco, de cacao et de café pour l’exportation.

En 1955, Señor Gigillo Espinal, né à Sanchez, est venu travailler à Las Terrenas pour la famille Paiewonsky. En 1975, il avait une petite épicerie (colmado) entre Las Terrenas et El Portillo. En 1977, il a déménagé son magasin à Las Terrenas sur la plage à côté du poste de police, vous y trouviez du riz, des haricots noirs, de la morue séchée et du rhum.

Le premier mécanicien de Las Terrenas, Señor Ezequiel (Sequiel) Lara est venu de Samaná le 15 août 1971. Employé par la famille Paiewonsky, M. Lara a ouvert son propre atelier de réparation automobile en 1981 à Las Terrenas.

En 1975, Las Terrenas était un petit village d’agriculteurs et de pêcheurs. Tout le monde parlait espagnol. Las Terrenas n’avait pas de magasins, pas de station-service, pas de glace, pas d’électricité, pas de téléphone, pas de voitures, pas de motos, pas de bureau de poste, pas de journaux et pas de touristes. Las Terrenas était très belle et calme. La route de la montagne de Sanchez à Las Terrenas construite en 1969 était complètement délabrée et il a fallu attendre 1989 pour qu’elle soit réparée.

Il n’y avait pas de route pour Playa Bonita et Playa Coson en 1975. Un bucolique chemin de terre traversant la plantation privée de noix de coco de Señor Maximo Galvan menait à ces sublimes plages. Señor Galvan outre sa plantation possédait le plus grand magasin général de Sanchez. Il s’appelait Casa Galvan.

Ce n’est qu’en 1994 qu’une entreprise dominicaine privée a apporté de l’électricité au village. En 1997, un système public d’alimentation en eau a été installé, apportant de l’eau d’une grande rivière dans les montagnes à des maisons et des entreprises individuelles. Le bureau téléphonique a ouvert ses portes en 1991.

 

Bref historique de Las Terrenas (2012)

Dr Miguel Polanco – médecin 1973

Dr Raul Languasco Chang – avocat de Sanchez 1977

Sequiel (Ezequiel) Lara – mécanicien automobile 1977

Clinique 1973

École primaire dominicaine 1977

Gigillo Espinal colmado et bar 1977 . Plage à côté de commissariat de police

Le restaurant de Membre Du Congrès américain Donald Jackson en 1977

Club Las Terrenas Hôtel – Maintenant Tropic Banana d’Hôtel 1977  construit par Jeannot Desdames (français) et Kayanna Kuhlman Desdames

El Reposo Hôtel en 1977, devenu Las Cayenas Hôtel

Hôtel Atlantis Playa Bonita 1981

Hôtel El Portillo 1982

Restaurant Señor Gigillo’s – Restaurant Diny 1982

Restaurant Chez Paco – à côté du cimetière 1983

Les journaux dominicains livrés pour la première fois en 1983

Film sur Christopher Columbus tourné de janvier à avril 1984 . Producteurs américano-italiens

Ouverture de l’école française 1986

Ferretería Polanco – première quincaillerie 1988

Pharmacie 1991

Bureau téléphonique Mai 1991

Station d’essence 1992

Électricité 1994

Eau 1997

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2 réflexions sur “Délicieusement chaotique, la petite histoire de la Péninsule de Samana….

  1. Merci Doris de ce merveilleux retour en arrière..
    J’aurais bien aimé connaitre cette époque, moi qui ne suis arrivé et déposé mon sac qu’en décembre 1995 a Las Terrenas..
    Belle journée a toi et un GRAND merci pour cette poésie de notre passé,
    Michel Garcia Comte

    J'aime

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