Les annees 70, Le Viking.

Le retour d’Afrique fut moins glorieux, voire douloureux. Michel, chahuté par son voyage pas toujours des plus confortables se retrouva à l’hôpital de Bangui avec un méchant ulcère ouvert, un estomac sanguinolent en piteux état. Grâce à l’aide de son ami, il fut rapatrié d’urgence en France où il fut chouchouté, soigné, remis sur pied, l’estomac sérieusement diminué.

Les années 1970 s’annoncaient lumineuses et pleines d’insouciance pour ce baroudeur, éternel créateur, inventeur, cet électron libre jamais à cours de projets grandioses ou utopiques. Complètement rétabli de sa mésaventure africaine, il reprend son métier de photographe. Mais très peu pour lui l’envie d’immortaliser batêmes et autres mariages (sauf pour ses copains bien sûr). Attiré par de périlleuses missions en terrains mouvementés, il rejoint la prestigieuse agence de presse Gamma. En 1970, il file à Val d’Isère couvrir la terrible avalanche ayant fait plus d’une centaine de morts. Bouleversé, il en reviendra avec des clichés saisissants mais aussi avec un bébé en devenir…. Et oui, difficile de ne pas succomber au charme ravageur de Michel, la maman de ses filles, confinée dans la même chambre que lui, vu la situation dramatique de la station n’a, en tout cas pas su y résister.

Michel déborde d’idées en tout genre. Stimulé par un premier job dans la restauration et le monde de la nuit, à Orléans puis à La Baule, il décide, toujours associé au même pote de créer une boîte de nuit à Pornic, endroit si cher à son cœur. Elle s’appellera Le Viking, l’endroit est déniché, de vieilles pierres et un espace idéal. Mais les autorisations traînent et, histoire de ne pas trop perdre de sous, le lieu, dans un premier temps abritera un restaurant. Un établissement différent, très tendance et vite pris d’assaut par tous les beautiful people d’ici et d’ailleurs. La spécialité incontournable…. Les œufs à la coque et leurs délicates mouillettes aux trois beurres parfumés. En dessert, l’omelette norvégienne à fait saliver bien des gourmands. Etienne, le jeune cousin que nous avons déjà rencontré faisait partie de l’aventure. Il était chargé en cuisine de faire monter les blancs en neige, secret d’une omelette norvégienne réussie, à la seule force de ses poignets.

Les autorisations en poche, le Viking revêt ses habits de lumières, s’invente une salle de billard au premier et devient LA boîte de nuit à la mode. On y vient de partout pour des soirées incroyables qui durent jusqu’à pas d’heure. Parfois c’est chaud et Michel doit se montrer vigilant face à un personnel souvent survolté. C’est la période de tous les excès. Amoureux fou des belles cylindrées, il s’éclate en thunderbird, jaguar, rover, maserati. Toujours entouré des plus jolies filles, il en fera voir de toutes les couleurs à celle qui est pourtant devenue son épouse, la mère de ses deux petites filles. Michel vit, flambe, fume de gros cigares, sabre le champagne avec un vrai sabre et n’hésite pas à partir à Londres pour s’acheter des pièces de vêtement uniques. L’argent coule à flot puis disparaît aussi vite qu’il est entré. Avec sa belle gueule et son bagout, rien de plus simple pour lui d’emprunter puis de jouer le grand seigneur et de dépenser avec frénésie. De passage à Nantes, il tombe en amour pour une antique péniche chargée d’histoire, Le bateau Lavoir. Avec son impulsivité légendaire, il se l’offre, met le viking en gérance et emménage sur la péniche avec femme et enfants et chiens, 2 superbes bergers Môme et Mec. Jamais à cours d’idées, il y crée une salle de concert d’un nouveau genre où se produiront des artistes locaux comme les tout jeunes Tri Yann ou Alan Stivell. La vie continue savoureuse, brillante mais pour peu de temps…

Le Bateau Lavoir.

Sahara.

Diplôme en poche, projets et rêves plein la tête, Michel est prêt à savourer une vie qu’il devine intense. Une vie d’aventurier bourrée de découvertes, de rencontres, d’échanges.

Et, audacieux, il se lance, tête baissée dans bien des aventures. La plus cocasse, don Quichotte des temps modernes, en compagnie de son pote, il décide tout simplement, sans bagage et sans aucun moyen financier de partir en Afrique, histoire, enfin, de sauver la faune en péril. Rien que ca, C’est tout Mimi, il ne doute de rien. Et ils y sont partis. Improbable aventure africaine, en stop d’abord, puis à bord d’une antique coccinelle. Des étapes douloureuses, des paysages grandioses, des rencontres enrichissantes, des moments d’angoisse, des pannes, des fou-rires… mais pas sûr qu’ils aient réussi à sauver la faune. Mais ne dit-on pas que c’est l’intention qui compte, et puis les voyages forment la jeunesse. Et surtout, Michel est tombé en amour pour le Sahara qui restera pour toujours l’un de ses deux grands coups d’cœur. Le second, nous le découvrirons plus tard ne sera autre que le Carnaval de Rio.

Les hommes bleus du desert

Esthète invétéré, amoureux fou du beau, il était inévitable que Michel tombe sous le charme des fascinants touaregs, les fabuleux hommes bleus du désert, solitaires et fiers. Au hasard de ses pérégrinations entre le Maroc, l’Algérie, la Libye, le Niger, le Mali, la Mauritanie et le Burkina Faso, il fut pénétré par la beauté de leur visage, la discrétion de leur sourire et la perfection et le soin de leur tenue indigo, de leur visage couvert d’un long turban en voile de coton bleu, les protégeant du sable en ne dévoilant que leurs yeux. Au gré de ces promenades dans d’incroyables paysages, il gardera longtemps le souvenir nostalgique des rencontres intenses avec ces caravaniers du désert pour qui les labyrinthes de dunes du Sahara n’ont pas de secret.

Les Touaregs, berbères nomades vivaient alors et vivent toujours du commerce et de l’élevage. Ils se déplacent, impassibles en compagnie de leurs dromadaires, en de longs convois silencieux, les caravanes, et traversent les étendues immenses de sable pour apporter des marchandises dans les différentes villes d’Afrique du Nord.

Michel est fasciné. Le Sahara, les touaregs et Michel, une histoire d’amour intemporelle à jamais ancrée dans sa mémoire, qu’il a pris plaisir à me raconter encore et encore avec une telle force que je me suis retrouvée, moi aussi parmi les seigneurs du désert.

La Siesta, exquise escapade romantique à Las Galeras.

Las Galeras, c’est le bout du bout du monde. La toute fin de la péninsule de Samana. La route s’arrête là et se jette dans l’océan. Las Galeras, c’est un petit village typique, tranquille, doux. On y rencontre peu de résidents européens et ceux qui ont choisi d’y vivre, se mêlent avec bonheur aux habitants du village, partagent des moments conviviaux, s’interpellent sur le coin d’un trottoir, rigolent sur le pas d’une échoppe.

Et, c’est dans ce petit village encore préservé que Charlotte et Thierry ont décidé d’ouvrir, il y a quelques semaines, une maison d’hôte peu ordinaire. Au sein d’un grand jardin tropical, niché sur une petite loma, 3 coquettes maisons. Une leur est réservée et les deux autres, casa Zanni et casa Macha, composées d’un confortable salon, d’une chambre douillette avec salle de bain et d’une cuisine toute équipée sur la vaste terrasse sont proposées à la location. L’idée, proposer aux heureux locataires le choix de passer des vacances en toute intimité dans un cadre paradisiaque ou de partager des moments trop sympas avec leurs hôtes. Petit déjeuner ou pas, table d’hôte ou pas en soirée, apéro autours d’un romantique brasero. Tout est proposé, rien n’est imposé.

La Siesta, tel est son nom, possède un atout très prisé des vacanciers. La petite loma qui l’accueille est le point de départ de charmants sentiers de randonnées se déroulant parmi une végétation luxuriante jusqu’à la mer. La superbe Playa Madame se trouve ainsi à 30 minutes de marche et Playa Fronton se découvre après 2h de balade des plus délicieuse. Un bateau est à la disposition des promeneurs pour les ramener à bon port après cette marche bucolique. A noter que tout près, à dix minutes, une autre belle plage les attend, playa Asserradero.

Charlotte qui a découvert la région en 2020 et Thierry quelques années plus tôt sont fans de cette belle péninsule. Leur envie de partager leur expérience et de savourer le ressenti de leurs hôtes en font indubitablement des guides privilégiés aux petits soins de leurs vacanciers.

La Siesta vous attend toute l’année pour des vacances différentes et enrichissantes pour une durée minimum de 3 jours. Elle propose en outre des week-ends découverte de 2 nuits, petit-déjeuner inclus.

Tentés, séduits, n’hésitez pas à contacter Charlotte ou Thierry pour des vacances d’exception dans l’un des derniers refuges encore préservé de la belle péninsule de Samana.

La Siesta .Camino del Faro , Samaná, Dominican Republic . Whats app +1 809-883-9665

Les annees bac…

Mine de rien, c’est tout à fait serein que Michel quitte la maison direction la salle d’examen du bac, sous le regard inquiet de sa maman. De son grand sourire charmeur, Michel la rassure, il n’y aura pas de problème.

Sauf que… bien loin de lui l’idée de se rendre aux épreuves du bac. La décision est prise depuis longtemps et bien carrée dans sa tête. Il a buché dur depuis ders mois. Féru d’art, de beau, d’harmonie, de couleurs…c’est aux Beaux-Arts que Michel a décidé de poursuivre ses études, et nulle part ailleurs. Et c’est tout naturellement qu’il se dirige, plus déterminé que jamais, vers la prestigieuse école, chère à son cœur. Chance incroyable, coincidence divine, l’examen d’entrée a lieu le même jour que les épreuves du bac. Plus rien ne compte pour lui. Dans la salle d’examen puis face aux examinateurs, il y met toute son âme. Sa passion rayonne dans toutes les cellules de se corps et c’est avec brio qu’il réussit cet examen pas si simple (n’est-ce pas Etienne…). A son retour à la maison, Michel, sûr de lui et de sa réussite avoue le subterfuge à ses parents. Abasourdis sur le coup, ils sont bien obligés d’accepter et seront tout heureux lorsque la sentence tombera, Michel va entrer aux Beaux-Arts de Nantes.

Et, c’est aux Beaux-Arts que Michel apprend, comme il aime à le dire « à voir ce qu’il regarde « , et que lui vient l’amour de la photographie. Mais pas que, il se forge une solide culture en peinture et très vite s’éprend de l’œuvre de Pierre Soulages, peintre stupéfiant qui réussit le mariage improbable du noir et de la lumière, (décédé quelques jours après Michel à l’âge canonique de 102 ans), d’Yves Klein, peintre monochrome lui-aussi, comment ne pas tomber amoureux de son bleu envoûtant, de Picasso et de son univers décalé. Il est séduit par l’architecture post-moderne de le Corbusier, sa cité radieuse si controversée, mais surtout sa dernière grande œuvre, le rayonnant Couvent de la Tourette près de Lyon qui le fascine. Il envisage même, tombé sous le charme du maître de se lancer dans ce domaine qu’il affectionne tout particulièrement. Mais, c’est en fin de compte, la photographie qui l’emportera. Après quatre années d’études passionnantes, Michel peut se targuer de tout connaitre ou presque de la photographie. Beaucoup voient déjà en lui un photographe talentueux mais aussi un artiste très complet.

Il se fait la main dans sa ville, si riche culturellement, photographiant les personnalités de passage. Son premier essai, face à une Barbara, toute de noire vêtue, hautaine et colérique lui laissera un souvenir mi-figue, mi-raisin.

Ci-dessous… Pierre Soulages . Picasso et Barbara a Nantes en 1964.

Années 60. Le commandant et Monsieur Arthur.

Une insouciance déboussolante, une soif inassouvible de liberté. Une attirance de plus en plus marquée pour tout ce qui touche à l’art. C’est un passionné. Après la musique, il s’essaye à la peinture, à la sculpture, à l’art des vitraux, à la photo, déjà. Un caractère indépendant, un brin rebelle, et cependant, Michel tout en paradoxe, voue une admiration sans borne à deux personnes bien différentes du jeune homme impulsif et libre comme l’air. Deux personnages au caractère bien trempé, sans excentricité et très droits dans leurs bottes.

Son oncle le Commandant René Le Quilliec, responsable de la sécurité du Gal de Gaulle à l’Elysée. Aux antipodes de ses convictions et de sa facon frivole d’aborder la vie, le commandant Le Quilliec c’est l’image rigoureuse et sans fioriture, presque rigide, d’un militaire de carrière. Contre toute attente Michel est tombé sous son charme. Il faut dire que malgré son emploi du temps chargé et ses responsabilités incroyables, tonton Le Quilliec apprécie les moments de détente en famille, notamment avec ses enfants et ses neveux, raides dingues de lui et de ses nobles fonctions. Mon petit doigt me dit que Michel faisait partie de ses chouchous, tout comme Etienne, quelques années plus tard. Longtemps Michel se souviendra de son escapade à Paris au palais de l’Elysée avec son prestigieux tonton, de son audacieuse intrusion dans le bureau du général en personne, les yeux remplis d’étoiles, écarquillés devant les fastueux décors du majestueux palais. Du haut de ses 14 ans, Mimi était fier come un coq, plus de 60 années plus tard, il se souviendra dans le détail de cette incroyable épopée et conservera une fascination pour le défilé du 14 juillet.

Ci dessous le Commandant Le Quilliec avec Mme De Gaulle et Jacky Kennedy.

Le second modèle, Monsieur Arthur, son grand-père maternel, propriétaire d’un hôtel à Ste Marie, petite commune jouxtant Pornic. Un personnage attachant, doté d’une superbe élégance. Elégance dans son maintien et dans sa facon d’être qu’il a tout naturellement légué à son petit-fils. Michel adorait le caractère un brin taiseux de Monsieur Arthur et sa grande indépendance… n’oublions pas que malgré l’hostilité de toute la famille, après le décès de sa femme, la grand-mère de Michel, il a épousé son employée de maison Hortense qui le seconda, le chouchouta et le rendit heureux jusqu’à son dernier souffle.  Pas de cris, ni même de haussement de voix chez Monsieur Arthur il lui suffisait de vous regarder droit dans les yeux pour que tout rentre dans l’ordre… trait de caractère oh combien précieux dont a hérité Michel.

Les cousins, les copines, l’oncle prestigieux, le papy modèle, les parents, présents mais tolérants, Nantes, les cours de lycée, les joyeuses vacances au bord de la mer… la vie de Michel n’est alors qu’une succession de petits bonheurs feutrés qui réchauffent son cœur et forgent sa personnalité attachante.

Monsieur Arthur, portrait d’artiste signe Etienne Dehais. Monsieur Arthur et son epouse Hortense. Monsieur Arthur lit le journal.

Nantes. Baby-boom la naissance et la petite enfance.

Année 1946 : Babyboom post seconde guerre mondiale.

A la fin de la guerre, soldats et prisonniers se ruent dans leur foyer et se lovent enfin, impatients et ravis dans les bras de leur femme… Résultat : dans toute la France des milliers de petits bambins voient le jour. Et c’est en cette année particulière, dans la belle ville de Nantes que Michel a choisi de pousser son premier cri.

Craquant petit bonhomme au visage harmonieux tout en rondeur, un tout petit bout de nez, des joues potelées, des oreilles bien grandes et de grands yeux sombres. Il est le second enfant, quelque peu inattendu mais d’emblée adoré d’un couple de quarantenaires très unis et le petit chouchou d’une grande sœur, Joelle, de 10 ans son ainée. La vie est douce à Nantes et les jours s’écoulent paisibles entre l’école à quelques pas de la maison et les longs week-ends insouciants à Pornic avec toute la bande de cousins et cousines. Délicieux jours heureux, la plage, l’océan, les jeux, les premiers bisous, les soirées qui n’en finissent pas, les grands feus de camp parfumés à la guimauve. L’esquisse de la liberté qui deviendra son leitmotiv, sa particularité et sa marque de fabrique.

Le temps passe

Le petit garcon, ni trop sage ni trop trublion se métamorphose en un ado au charme envoûtant. Très soigné, d’une élégance innée, Michel est beau et il le sait. Il en rit, en joue, en profite aussi. Une bande de potes et de copines, mais toujours ses cousins, jamais bien loin. Papa Joseph conduit des cars et sa maman a ouvert un petit resto sur un boulevard passant de Nantes. Au sous-sol un lieu magique, un refuge douillet qu’il a su aménager avec beaucoup de goût. Il y passe tous son temps libre en compagnie d’Etienne son jeune cousin et d’une poignée de copains fans de musique comme lui. Il excelle à la batterie et s’en donne à cœur joie. Plus tard il rejoindra un groupe de musicos de Vannes, Les Vanettes. Anecdote rigolote, sa petite-fille Karla, photographe (comme lui) s’est découvert une passion pour la batterie, sans savoir que son papy, bien avant elle partageait le même engouement pour cet instrument.

Projet d’ecriture.

Après plus de 8 semaines de chagrin, de replis sur soi, de refus d’affronter la réalité, de montagnes russes, d’angoisse puis de lueur d’espoir, puis d’effroi … il m’est arrivé ce matin une expérience unique qui me bouleverse et me propulse loin de cette zone de confort pas si douillet empli de tristesse et de larmes.

Depuis quelques semaines, le sort s’acharne. Odieux, cruel, douloureux, impassible. Le décès de mon compagnon, mon ami, mon amour en point d’orgue. Mais pas que, l’accident atroce de mon jardinier, la tête éclatée sur le sol de la terrasse. Moi, seule, paniquée, en état de choc… puis la foultitude de pannes en tous genres touchant tous les endroits les plus subtiles de ma maison. Une orgie de déconvenues de tous ordres, anodins pris séparément mais presque humainement insurmontables groupés, collés jours après jours. On baisse la tête, on pleure, on paye, on prie, on subit. Le jardinier se remet petit à petit, le matériel reprend vie jour après jour. Une accalmie.

Une rencontre pas si étonnante et sûrement pas due au hasard. Une adresse presque en catimini. Puis le choc. Une écoute si sincère, un être d’exception qui vous prend par la main et vous guide sans vous perturber, tout en douceur et plein d’amour. Elle parle, longtemps, investit votre corps, votre tête, votre âme, votre esprit. Elle vous aime et vous force à reprendre confiance en vous, en la vie. Arrête de subir. Tu es une belle personne, prends en conscience et vas de l’avant. Deux heures d’intimité douce et de prise de conscience. On n’en sort pas indemne, les larmes ont coulé et les mains ont tremblé mais on en sort plus fort d’une vraie conviction. Laissons les mauvaises énergies loin derrière et tentons de nous reconstruire et d’aller de l’avant.

On n’oublie pas le passé et les moments délicieux. Ils vont juste nous aider à survivre, à revivre.

Merci belle dame, vous m’avez fait plus de bien que vous pouvez imaginer.

Puis, on se dit ‘’c’est le moment’’. Un projet d’écriture, sa vie peut-être un brin romancée mais pas trop, elle a été si riche dès ses premières années.

Je ne ferai pas le voyage seule mais soutenue, aidée par une personne qui lui était chère et qui l’aimait. Merci Etienne de le faire revivre à travers des anecdotes, des instants de vie.

On le retrouvera tout minot, fier et attachant déjà, irrésistible puis jeune adulte rebelle, artiste, musicien, créateur, baroudeur et aventurier. Amoureux des belles cylindrées, jaguar, maserati. Jeune chef d’entreprise turbulent et impétueux.

A très vite pour partager avec vous la belle, intrigante et folle vie de celui qui a partagé ma vie durant 13 belles et douces années. A très vite Mimi. Ci-dessous Sahara 1967.

Un mois…

Je n’ai pas vu le temps passer. Il y a un mois on m’appelait la nuit… ‘’il n’est pas bien, venez demain’’. 6h du matin appel à Fey, mon taxi, appel à Alphonso pour garder les chiens, appel à douce Nicole pour décommander notre rendez-vous de l’après-midi, histoire de lui faire connaitre les chiens qu’elle devait garder demain…. 7h départ inquiet pour la capitale… La circulation est fluide, on arrive à l’hôpital à 9h. Direction 2e étage, soins intensifs. Il fait froid, je grelotte, de froid mais aussi de peur, un sale pressentiment. Je sonne. Je patiente, je resonne et l’on me fait entrer. C’est pourquoi… Je viens voir Michel Voleau. Et là le monde s’est écroulé…’’ murió esa noche’’. Et je suis morte moi aussi…

Mais pas le temps de mourir… pas même le temps de respirer à travers les sanglots qui me secouaient… Mon Mimi était mort, pour toujours et je n’avais pas le temps, pas le droit de pleurer… il fallait remplir de putains de papiers…

C’en était trop pour moi, je claquais la porte et retournais dans le corridor glacé. Puis j’appelais les enfants. Inutile de parler ils avaient compris. J’étais désemparée, tremblante, incapable de me tenir debout, de parler de facon cohérente. Puis mon sauveur est arrivé. Fernando, le père de la petite fille de Mimi comme il aime à dire. Il m’a littéralement soulevé, pris dans ses bras, pris par la main. Dans un état cotonneux je l’ai suivi, partout. Service facturation (en tout premier bien sûr), puis chez lui pour faire des centaines de photocopies, puis le terrible Blandino, les pompes funèbres locales… on y est restés de longues minutes. Fernando s’est occupé de tout… Puis retour à la case départ, soins intensifs pour un second certificat de décès, le premier étant truffé de fautes… Je n’ai pas voulu revoir celui qui a partagé ma vie durant 13 ans. Mon compagnon, mon ami, mon amour, mon petit enfant aussi et le papa de mes chiens. Sous le drap fleuri qui le recouvrait, il semblait une toute petite chose toute fluette… si triste. Je me suis échappée avant l’arrivée des personnes mandées par Blandino pour récupérer le corps… Juste impossible à imaginer. Abandonnant là le pauvre Fernando je me suis engouffrée dans le taxi pour vite retrouver mes enfants à quatre pattes et notre château de feuilles si différent sans lui. Mais comment allais-je expliquer son absence à mes quatre toutous. Je savais que les jours qui suivraient allaient être cruellement douloureux…. Mis je ne savais pas à quel point.

Pas gai ce papier, pas gaie ma vie, pas gais les toutous, triste notre château de feuilles… mais bientôt, promis je vous dirai notre vie, sa vie.

Des centaines de personnes m’ont soutenue et parmi tous les témoignages d’amitiés, deux réflexions si vraies. L’une de son cousin Etienne, loin de nous mais proches dans son cœur. ‘’Mais Michel c’était le rêve, il avait fait de sa vie un terrain de jeu gigantesque, ludique, sans aucune contrainte, tous ses potes, tous ses cousins l’enviaient…’’. L’autre émane d’un artiste qui l’a peu connu mais bien cerné, Jean Philippe G. ‘’Michel c’était la liberté’’.

Oui, une liberté qui a fini par le tuer. A force de vivre sa liberté, il a brulé la ficelle par les deux bouts ou plutôt ses cigarettes par les deux bouts. Son pauvre corps était épuisé mais, chanceux comme il l’était, il est mort en paix, sans souffrir et sans savoir.

Avec les enfants, nous sommes allés éparpiller ses cendres dans l’océan, face à son Syroz et là, je suis morte pour la seconde fois.

Mal de vivre

‘’On a envie d’être seule parfois, seule avec sa propre mélancolie, sa fragilité, seule, loin de ce monde qui nous veut toujours forte avec le sourire aux lèvres. Il faudrait des amis, des vrais, de ceux qui, quand tu pleures, ont le mouchoir prêt et te le montre sans rien dire. Auxquels tu peux montrer que, parfois, tu n’es pas si forte, qui, quand tu te sens faible t’ouvrent les bras et t’accueillent pour te protéger en sachant que demain tu feras la même chose pour eux.

Parce que chacun d’entre nous a le droit d’être fragile, parfois .’’

Juste ces jolis mots qui ne sont pas de moi mais qui pourraient l’être, juste ce que je suis en mesure de vous offrir en ce moment…

Je ne suis pas un poète maudit, ni un peintre écorché vif… il ne m’est possible d’écrire que lorsque je me sens pleinement heureuse. Le moindre grain de chagrin me tétanise et là c’est sous un univers de chagrin que je m’effondre… Il est parti et m’a laissé seule avec un cœur en miettes…
Alors il va falloir être patient. Je rêve de vous raconter Mimi avec mes mots, notre histoire avec mon ressenti… un jour, plus tard…

L’impuissance face a Fiona

Au début, tout au début on se dit, parce que l’on nous dit… non, pas ici, les cyclones ne s’avisent jamais de passer en République Dominicaine ou bien c’était il y a bien longtemps. Heu.. pas si longtemps, j’ai connu Jeanne qui a inauguré la destruction de mon Château de feuilles il y a pile 18 ans… Mais cependant, on veut y croire… y croire de toutes nos forces…il y a le canal de la Mona puis la montagne puis tout ça…
Puis la bete approche, les yeux rivés sur les cartes météo, on voit bien le gros phénomène menaçant, pernicieux, insolent, nous narguant de toute la force de sa puissance délirante. Alors on s’agite un peu, on coince les volets récalcitrants, on range les objets les plus volatiles, zut j’ai oublié mon pauvre parasol… on retire les jolis voilages, on décroche les tableaux , les miroirs de la terrasse. On entasse les chaises et rentre les fauteuils, les canapés, les coussins. La maison est toute remplie d’objets hétéroclites et les chiens très surpris s’en donnent à coeur joie, sautant d’un fauteuil à l’autre et se lovant dans les coussins.
C’est pour bientot. Plus d’échappatoire, elle passera bien sur notre tête, ébouriffant au passage nos pauvres toits de cana et les palmes de nos cocos. Alors, on s’enferme, on part se coucher, du bleu au coeur et on se réveille aux premières rafales, on se recouche, 5h30 debout. Ca commence a souffler, déjà. Juste le temps d’un petit pipi pour les chiens, pas franchement rassurés et zou, on se confine tentant de guetter par les clayettes. Le temps passe et l’on commence à entendre des bruits furieux, inquiétants. Bing, la luz se fue… heureusement mon bel amour de planta a pris le relais, elle ne savait pas qu’elle allait bosser 4 longues journées…
Paf, un bananier…. puis un autre, un autre, un autre….crac un cocotier au milieu de jardin… il est 10h et ça s’affole dehors. Le toit a pris un coup et la pluie s’invite dans la cuisine… du coup le frigo court circuite et l’on se prend des coups de jus à chaque tentative d’ouverture de porte. Bamboo (ma petite chienne) adore, elle fait la folle dans cette piscine cocasse, totalement improvisée, sous les yeux hagards des 3 autres toutous plus raisonnables. Aie la cana de la terrasse en a profité pour s’envoler… il pleut fort et cette fois l’eau s’invite partout ou presque. Dehors, devant, derrière le vent souffle comme un forcené, les cocos s’agitent dans tous les sens . Leur petite houppette de pencas fragilisées se tord, se désaxe, se renverse. Puis, soudain, un fruit d’enfer, deux énormes palmiers siamois (et oui ils partagent le meme socle de racines) s’affalent sur la piscine profitant sans vergogne d’un petit bain rafraichissant dans une eau, carrément vert fonce.
Ca fait beaucoup, je commence à craquer, à me demander jusqu’ou ca va aller. Je pleure ou je fais la fière? Les deux mon capitaine, les nerfs lachent. Midi et demi, accalmie, le fameux oeil du cyclone… pas longue l’accalmie, 10 minutes plus tard Fiona, terrible ouragan reprend des forces et s’acharne de plus belle sur nos pauvres tetes…
Puis, le vent s’apaise, la pluie se calme, avec précaution je déverrouille une porte, jette un oeil horrifié. Un carnage. Des arbres morts, arrachés ou cassés de partout, pas un cm carré épargné. Je ne peux pas aller bien loin mais c’est suffisant pour prendre conscience de l’étendue du désastre apres12 heures d’angoisse intense.
C’est le soir, rien d’autre à faire que tenter de se coucher et dormir… demain sera un autre jour.