Des mots pour le dire…

Petit à petit, sans même m’en être rendue compte, je suis devenue une des anciennes de LT. 23 ans, c’est un bail, toute une tranche de vie.

Alors, c’est sûr, si nous remontons le temps, et c’est bien ce que nous faisons, nous les anciens résidents, voire touristes de la première heure. Nous replongeons inconsciemment ou pas dans un Eden à jamais perdu.

Mais oui, c’était la magie pure. La plage, l’océan infini, s’y poser un instant ou plus longtemps, histoire de profiter de ce privilège que nous offrait une nature puissante et intacte. Sensation de liberté, gentillesse exquise des habitants charmés par ces gringos souriants, rêvant d’aventure ou de bonheur discret.

Le long de la plage de Ballenas à Coson, une piste sauvage sinuait entre cocos et raisiniers et nous conduisait très lentement, presque tout droit, le long de la mer cristalline vers … le paradis. Rendez-vous incontournable du dimanche à midi ou nous nous retrouvions, ravis, dans le jardin d’Al Paso, un des seuls restos du village à l’époque havre presque secret mais incontournable, proposant à une clientèle-amie conquise, toutes les gourmandises d’un chef créatif et attachant. La journée, on s’enivrait de vent salé sur la plage infinie et vierge de tout trublion et à l’heure du soleil se couchant sur les flots, rassasies d’air pur, de rose bien frais et de nourriture divine, on rêvait de ne plus jamais quitter ce lieu exceptionnel.

Las Terrenas… aujourd’hui

Alors oui, exit l’Eden et l’authenticité d’un paradis perdu… Las Terrenas a bien change. Pas vraiment petit à petit, plutôt d’un coup. Une éclosion de choses pas belles, pas douces au regard. Des blocs de béton à tout va remplacent les charmantes casitas toutes de bric et de broc. Des supermarchés chinois grandiloquents chassent les petits colmados désuets et narguent de leurs vitrines clinquantes les trois ou quatre régimes de bananes que nous aimions y acheter… avant.

Oui mais… Tout le monde n’a pas connu cette période de charme inénarrable. Les nouveaux venus, vierges de tout à priori, découvrent une autre facette de ce village, pour nous, à jamais déchu, mais bourre de charme pour des yeux tout neufs. Car, meme si le temps a fait son œuvre et pas vraiment en bien, même si le centre de Las Terrenas et les abords des plages prisées se bétonnent plus vite que le vent, la nature tout autour, comme un écrin de verdure, est restée intacte. Il suffit de s’éloigner un tant soit peu de la foule hargneuse emprisonnée dans les bouchons des rues trop étroites, de se balader nonchalamment le long de la plage de Popy à Ballenas, de Bonita à Coson, d’y cueillir subrepticement un joli dollar des sables, de lever son museau vers cette frange de palmiers décoiffés par le vent et notre minois s’illumine, ravi de ressentir les bienfaits d’un endroit contrarié mais qui reste inimitable.

Alors oui, rien n’est parfait…. Rien n’est plus comme dans nos souvenirs. Nulle part. Mais c’est avant tout la faute de la société qui évolue comme elle le peut et non pas toujours comme elle le veut. C’est la faute à l’appât du gain des mieux lotis qui petit à petit tuent la poule aux œufs d’or. Las Terrenas n’est plus ce qu’elle était mais reste un repère de charme aux yeux de beaucoup. Ils y trouvent la douceur de vivre et l’apaisement à condition de ne pas se laisser mettre de la poudre aux yeux par des reportages stupides et non avenus qui n’ont rien compris à l’âme du village et surtout n’ont pas trouvé les mots pour le dire…

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